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Lettre ouverte au Secrétaire d’État au numérique

Ce matin, riverains, gilets jaunes et écologistes ont perturbé l’inauguration de l’entrepôt Amazon de Brétigny-sur-Orge par Cédric O. Découvrez la lettre remise au Secrétaire d’État au numérique dénonçant le soutien du Gouvernement, alors que la multinationale est responsable de destructions d’emplois, d’augmentation des émissions de gaz à effet de serre, de pratiques opaques et d’évasion fiscale.

Monsieur Cédric O, secrétaire d’Etat au numérique,

Aujourd’hui, vous venez à Brétigny sur Orge inaugurer le premier de trois nouveaux méga-entrepôts Amazon, qui viendront doubler d’ici à l’année prochaine la capacité de livraison de cette multinationale.

Nous, citoyennes et citoyens du 91, militantes et militants écologistes, gilets jaunes, jeunes mobilisés pour le climat, vous écrivons la présente lettre afin de vous faire part de notre profonde colère face à l’implantation de cet entrepôt sur notre territoire, que vous venez célébrer comme une victoire, là où nous y voyons une décision à contre histoire : anti-écologique, antisociale, anti-démocratique.

Vous n’êtes pas sans ignorer les crises multiples et complexes que traverse notre société -l’urgence est triple : écologique, sociale, démocratique. Le modèle d’Amazon, s’implantant en toute opacité sur des territoires en faisant miroiter la promesse de créations d’emplois -tout en maintenant le flou sur leur nombre et leur qualité- est une fausse réponse, trop rapide et facile, là où face à ces crises il nous faut avoir collectivement le courage de réinventer profondément notre économie et notre modèle d’aménagement du territoire.

L’inauguration à laquelle vous assistez ce matin est à l’image de ce qu’aura été le processus par lequel nous, citoyennes et citoyens du 91, nous sommes retrouvés à assister impuissants à la construction de ce méga-entrepôt sur notre territoire : sans avoir jamais eu notre mot à dire, ni directement, ni même par le biais de nos représentant.e.s élu.e.s. Vous constaterez par vous-mêmes qu’aujourd’hui, seul·e·s certain·e·s élu·e·s communautaires ont été invité·e·s à la fête. Les élu·e·s municipaux, représentant·e·s directes des citoyen.ne.s sont mis·e·s à l’écart. Pour mémoire, ce projet ayant un impact très direct sur le territoire, s’est monté sans que la parole citoyenne puisse s’exprimer : les avis des conseils municipaux des villes avoisinantes comme les résultats de l’enquête public n’ayant qu’une valeur consultative pour la validation du projet. Qui plus est, Amazon persiste à ne divulguer aucune information fiable et précise sur ses projets d’avenir pour ce site, le nombre réel de d’emplois créés, et leur qualité. Vous comprendrez donc notre colère, et notre inquiétude quant au devenir de ce site et de notre territoire.

En plus de ce court-circuitage de la démocratie qui est une pratique systématique d’Amazon, l’activité de cette multinationale est nuisible sur le plan économique et social : la promesse de créations d’emplois est un leurre et un effet d’optique. Le e-commerce, et en premier lieu Amazon, est responsable de la destruction de 440 000 emplois aux Etats-Unis, 2,5 fois plus que ceux créés par le secteur sur la même période. Si vous persistez dans votre soutien à ce modèle, la France sera la suivante. Nous ne disposons pas encore d’étude d’impacts exhaustive au niveau national, mais votre Gouvernement sait que les destructions sont supérieures. Entre 2010 et 2016, 6090 emplois de réparateurs électroniques ont disparu, c’est davantage que ceux qu’Amazon avait créé sur la même période. Le jour où vous les félicitiez de la création de 1500 postes sur le site de Brétigny, Conforama annonçait le licenciement de 1900 salariés au même moment. Tout cela pour des emplois logistiques aux conditions de travails inacceptables : licenciements abusifs, cadences exacerbées, surveillance et délations…

Si ça n’était pas assez, l’extension d’Amazon est également contraire aux objectifs que la France prétend se donner sur le plan de la lutte contre le dérèglement climatique : la fabrication et le transport des produits textiles et électroniques est responsable du quart des émissions de gaz à effet de serre des français. Amazon en est le premier distributeur mondial, avec le triste record de 11 milliards de produits commercialisés sur son site en 2018. La France a été interpellée il y a quelques mois par son propre organe, le Haut Conseil pour le Climat, car elle ne met pas en place les moyens suffisant pour lutter contre le dérèglement climatique, notamment en termes de réduction de l’empreinte carbone de nos importations. D’ici l’année prochaine, Amazon entend doubler son activité en France et développer encore davantage la livraison par avion, sans avoir mis en place les mesures suffisantes pour réduire ses émissions et respecter l’accord de Paris. Tant que des multinationales comme celles-ci seront soutenues par le Gouvernement, vous reconnaîtrez que nous n’avons aucune raison d’aller manifester en Pologne plutôt qu’ici.

Vous n’êtes pas non plus sans savoir que les pratiques d’Amazon sur le plan fiscal sont également contraires à l’intérêt général : en France, entre 1,5 et 2 milliards d’euros de TVA sont fraudés chaque année sur les places de marché comme celle d’Amazon. En dissimulant son chiffre d’affaire réel, le géant ne contribue aujourd’hui à l’impôt sur les sociétés qu’à hauteur de 0.40% de ce dernier. En ces temps troublés, il n’y aura d’apaisement démocratique et social, sans justice fiscale. La force publique doit reprendre la main pour en créer les conditions et agir pour faire respecter les règles fiscales.

Nous venons à vous avec nombre de critiques, que nous venons d’exposer, mais aussi avec des propositions, que le gouvernement peut mettre en place dès le mois prochain dans le cadre de la Loi de lutte contre le gaspillage pour une économie circulaire. Afin de garantir une cohérence entre les actes législatifs et un discours qui se veut « écologiste » : vous pouvez, en tant que majorité, agir pour la mise en place d’un moratoire, visant à stopper l’expansion et la construction de nouvelles zones commerciales en périphérie et des entrepôts du e-commerce.

Pour le climat, l’emploi et la démocratie, nous exigeons ce moratoire et une position claire et définitive du gouvernement contre Amazon et son modèle. Nous restons à votre disposition pour toute discussion, et vous signifions par la présente lettre notre profonde détermination à rester mobilisés. Beaucoup des signataires de cette lettre ont une vingtaine d’années, notre avenir est entre les mains des dirigeant.e.s politiques et économiques actuellement au pouvoir. L’extension du modèle Amazon est un exemple de ces trop nombreux processus irréversibles, par lesquels nous courons à la catastrophe.

Nous vous prions d’agréer, Monsieur le secrétaire d’Etat, l’expression de nos salutations distinguées.

Le collectif Ma Zone, EELV Cœur d’Essonne Agglomération, les Jeunes Ecologistes, des gilets jaunes, les Amis de la Terre, ATTAC

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