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Poser les bonnes questions pour remettre en cause la croissance perpétuelle

La dernière version du rapport du Club de Rome sur les limites à la croissance vient d’être publiée en français. En quarante ans la situation a bien changé, rendant plus urgente la transition vers une société soutenable.

En 1972, le Club de Rome publiait le rapport Meadows, connu en français sous le titre Halte à la croissance. L’étude, devenue depuis incontournable, fut l’une des toutes premières à présenter les limites des ressources naturelles et à démontrer le caractère irréaliste d’une croissance perpétuelle dans un monde fini. Quarante ans plus tard, Dennis Meadows vient en France présenter l’édition actualisée de l’ouvrage [1]. Il constate d’emblée un échec à maintenir l’empreinte écologique globale dans le cadre des limites planétaires. En 1965, l’humanité avait besoin de l’équivalent de 0,7 planète pour ses activités, aujourd’hui elle en consomme 1,5. En quatre décennies, le message du rapport Meadows a donc été singulièrement modifié. “Dans les années 1970, l’objectif était de ralentir le système avant qu’il ne franchisse des limites considérées alors comme inatteignables  ! ; aujourd’hui, le problème est bien plus compliqué puisqu’il s’agit de revenir dans ces mêmes limites en évitant conflits et catastrophes”, explique l’auteur.

Choisir le cheminement

L’issue est selon lui inéluctable et n’offre qu’une alternative : si les hommes ne renoncent pas à la croissance économique par eux-mêmes et ne tracent pas volontairement le cheminement vers une société compatible avec les limites planétaires, la nature le fera implacablement et avec pertes et fracas. Changements climatiques, raréfaction des ressources, pic pétrolier, épuisement de la biodiversité, pénuries alimentaires ou encore crise de l’euro sont autant de prémices de l’effondrement à venir du système. Dennis Meadows en est convaincu : nous connaîtrons dans les vingt prochaines années autant de bouleversements politiques, énergétiques, environnementaux et du niveau de vie qu’au cours du siècle passé. Il ne tient qu’à l’homme d’élaborer et de mettre en oeuvre une société soutenable.

Comment y parvenir ! ? “Ce n’est pas mon propos, je ne suis pas capable de donner les réponses, mais j’espère poser les bonnes questions”, répond l’auteur. Si en effet l’objet de l’ouvrage n’est pas d’offrir une solution à toutes les questions, il propose néanmoins trois lignes directrices ! : la sobriété, l’efficacité dans l’usage de l’énergie et des ressources et le recours aux énergies renouvelables. Il pointe aussi la grave erreur qui consiste à se focaliser sur la technologie et à considérer qu’elle apportera une solution aux ravages causés par la surexploitation des ressources ou qu’elle en repoussera les limites.

Un oxymore bien pratique

Selon Meadows, si une part importante des citoyens comprend et accepte cet indispensable retour dans les limites planétaires, le plus difficile reste de concrétiser le changement – se défaire des habitudes des uns et des autres et prendre en compte l’inconfort lié au changement de repères. Dans cet exercice, la tentation de préserver la sacrosainte croissante en la repeignant de vert est une dangereuse illusion. “On doit bien comprendre que le développement durable est un oxymore qui sert de justification aux mauvaises habitudes”, alerte Dennis Meadows. “Une empreinte écologique globale à 1,5 planète, cela n’a plus de sens ; on ne peut plus chercher à ‘développer’ ce système afin qu’il ‘dure’”. Il s’agit plutôt de s’orienter vers un système résilient, une société qui puisse résister aux chocs. Pour baliser le chemin de cette mutation, il faut orienter la société en pensant à long terme. L’abandon d’un système politique basé sur le court terme, la réduction du pouvoir de la finance et le renforcement des liens sociaux, du respect et de la convivialité figurent ici en bonne place.

> PHILIPPE COLLET

[1] Dennis Meadows, Les Limites à la croissance (dans un monde fini), éd. Rue de l’échiquier, 2012.

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