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Indonésie : le test climatique du Crédit Agricole et de la Société Générale

La Société Générale et le Crédit Agricole financeront- ils le projet d’expansion de la centrale à charbon de Tanjung Jati B en Indonésie ou se retireront-ils du projet comme l’a fait la BNP Paribas ? Une note publiée aujourd’hui par les Amis de la Terre France et Greenpeace Indonésie révèle en effet que les banques françaises ne font pas la même application de leurs engagements climat adoptés en vue de la COP21. C’est la crédibilité de la Société Générale et du Crédit Agricole qui se joue demain et jeudi à leurs assemblées générales.

Lire la réaction des Amis de la Terre aux Assemblées des banques ici.

5 mois se sont écoulés depuis l’adoption de l’Accord de Paris mais le Crédit Agricole et la Société Générale n’ont toujours pas fait le ménage parmi leurs dossiers. Les deux banques sont toujours engagées derrière la construction de l’expansion de la centrale à charbon de Tanjung Jati B en Indonésie (le projet TJB2), alors que la BNP Paribas s’est, elle, retirée du projet (1). C’est ce que révèle une note publiée aujourd’hui par les Amis de la Terre France et Greenpeace « Indonésie : le test climatique du Crédit Agricole et de la Société Générale ». (2)

« On nage en pleine hypocrisie. D’un côté le Crédit Agricole et la Société Générale s’engagent à mettre en œuvre l’Accord de Paris et à aligner leurs activités avec une trajectoire 2°C. De l’autre, elles considèrent qu’elles peuvent toujours financer de nouvelles centrales à charbon (3). Avec des engagements similaires, la BNP Paribas, qui ne brille pourtant pas par son exemplarité en matière climatique, est la seule à avoir compris que rien ne justifie le financement du projet de Tanjung Jati B en Indonésie » déclare Lucie Pinson chargée de campagne Finance privée / Coface aux Amis de la Terre.

« L’Indonésie n’est pas en train de construire une centrale ultra-supercritique en remplacement de centrales plus émettrices : le nouveau plan énergétique du pays prévoit une centaine de nouvelles centrales au charbon d’ici 2019. Non seulement ce plan ferait plus que doubler les émissions du pays en 25 ans, mais il causerait la mort prématurée de 28300 personnes par an ! Rien n’a été annulé depuis la COP21, comme si le gouvernement ne s’était jamais engagé à Paris à réduire ses émissions de gaz à effet de serre de 29% d’ici 2030 » ajoute Bondan Andriyanu de Greenpeace Indonésie, venu témoigner auprès des banques des impacts du charbon en Indonésie afin de les persuader de se retirer du projet.

« Le Crédit Agricole et la Société Générale ne peuvent pas justifier leurs soutiens au charbon au nom du développement des pays du Sud comme l’Indonésie. Le projet TJB2 va à l’encontre des demandes et des intérêts des populations. Nous étions près de 5000 personnes mobilisées à Jakarta la semaine dernière pour revendiquer notre droit à un futur sûr et exiger une sortie du charbon (4). L’Indonésie a un énorme potentiel dans les énergies renouvelables et le développer pour répondre aux besoins des populations coûterait un dixième de ce qui a été dépensé en subventions aux énergies fossiles sur ces 10 dernières années » (5) ajoute Hindun Mulaika de Greenpeace Indonésie.

Rien n’est trop tard pour le Crédit Agricole et la Société Générale. Si les deux banques se sont engagées auprès de leur client Sumitomo, le financement n’est pas encore conclu, et il est encore temps de suivre l’exemple de la BNP Paribas et de se retirer du projet. Présents à leur Assemblée générale mercredi et jeudi, les Amis de la Terre leur demanderont aussi publiquement de mettre un terme à tous leurs financements aux projets charbon et d’exclure de leurs soutiens les entreprises qui elles aussi continuent de développer ce secteur climaticide.

Contact presse :
Pierre Sagot, chargé de communication, les Amis de la Terre, communication@amisdelaterre.org 0686415343

Contact interviews :
Lucie Pinson, chargée de campagne Finance privée, Les Amis de la Terre, 06 79 54 37 15, lu-cie.pinson@amisdelaterre.org

En savoir +

(1) Un article du Project Finance International publié en janvier 2016 déclare que « deux banques françaises – le Crédit Agricole et la Société Générale – auraient rejoint le le groupe de banques derrière le financement de l’agrandissement de la centrale à charbon Tanjung Jati B (TJB2), suite au retrait de la BNP Paribas ». http://www.pfie.com/french-banks-support-tjb2/21231277.article

(2) Le rapport est téléchargeable ici http://www.amisdelaterre.org/Indonesie-le-test-climatique-du-Credit-Agricole-et-de-la-Societe-Generale.html

(3) Le Crédit Agricole s’est engagé en septembre 2015 à ne plus financer de projets de centrales à charbon dans les pays à hauts revenus selon la nomenclature de la Banque mondiale et la Société Générale a annoncé deux mois plus tard la fin de ses soutiens à ces projets dans les pays de l’OCDE à hauts revenus. Selon la base de données de Global Coal Plant Tracker, 6,5 et 4,1 % des projets de centrales à charbon prévus depuis 2010 se trouvent dans ces pays.

(4) Les mobilisations se déroulaient dans le cadre de BreakFree, une vague d’actions citoyennes pour lutter contre l’extraction des énergies fossiles, à commencer par le charbon.

(5) C’est ce qu’a déclaré le Ministre de l’Energie et des ressources minières de l’Indonésie en mars 2016 http://www.thejakartapost.com/news/2016/03/31/pln-delays-8-gw-coal-fired-plants-opts-renewable.html

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