Total rendez-vous au tribunal
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Total, rendez-vous au tribunal

Total s’apprête à forer plus de 400 puits de pétrole en plein coeur d’un parc naturel en Ouganda. Grâce à la loi sur le devoir de vigilance promulguée en 2017, nous avons une opportunité d’empêcher ce projet destructeur pour le climat, l’environnement et les populations.

Cette campagne est menée en partenariat avec l’association française Survie et quatre associations ougandaises :  AFIEGO, CRED, les Amis de la Terre Ouganda (NAPE) et NAVODA.

Contexte

En 2006, de larges réserves de pétroles ont été découvertes au cœur du parc naturel protégé des Murchison Falls en Ouganda, dans la région des grands lacs en Afrique. Total, associée à d’autres compagnies pétrolières anglaise et chinoise s’est positionnée pour développer un projet d’une envergure colossale.

 

Comprendre

Total va forer plus de 400 puits, permettant d’extraire environ 200 000 barils de pétrole par jour. De plus, un oléoduc géant de 1445 km de long sera construit pour transporter le pétrole, impactant des territoires à la fois en Ouganda et en Tanzanie. En tout, plus de 10 milliards de dollars sont investis pour ce projet pétrolier démesuré.

Un outil juridique pour contraindre Total

Avec la loi sur le devoir de vigilance promulguée en mars 2017, nous souhaitons mettre Total face à ses responsabilités. Il s’agit du premier cas d’utilisation de cette loi sur les conséquences des activités d’une filiale d’un grand groupe français à l’étranger.Nous voulons nous assurer de l’application ambitieuse de cette nouvelle loi pour empêcher Total de faire peser des risques considérables et irréversibles sur les habitant·e·s, la biodiversité, l’environnement et le climat. Surtout, si les juges confirment que des violations sont avérées, cette loi peut nous permettre de faire condamner l’entreprise à réparer les dommages causés et indemniser les populations affectées.La loi sur le devoir de vigilance s’applique aux propres activités de Total mais également à celles de leurs filiales et de leurs sous-traitants, le tout en France comme à l’étranger. Ainsi, Total est responsable des activités de sa filiale Total Ouganda mais également des activités de ses sous-traitants.

L’adoption de cette loi sur le devoir de vigilance a été possible grâce au long travail de plaidoyer et de mobilisation mené par les Amis de la Terre et d’autres associations et syndicats.

Le projet pétrolier

  1. Le projet « Tilenga » opéré par Total prévoit le développement de 419 puits forés sur 34 plateformes pétrolières, principalement à l’intérieur même de l’aire naturelle protégée des Murchison Falls. Le projet prévoit aussi la construction d’une zone industrielle, notamment une usine de traitement (“CPF”) en bordure du parc.
  2. Une raffinerie et un aéroport seront construits par le gouvernement ougandais
  3. Un méga-oléoduc (« EACOP » – East Africa Crude Oil Pipeline), sera construit par un consortium composé de plusieurs multinationales : Total, la britannique Tullow, la chinoise CNOOC et les gouvernements ougandais et tanzanien. 
  4. D’autres infrastructures associées seront construites :
  • un système de pompage d’eau du lac Albert pour les besoins des puits pétroliers ;
  • un réseau de 180 km combinés de pipelines, passant y compris sous le Nil, pour transporter le pétrole et le gaz produits ou l’eau ;
  • des sites de stockage et de traitement des déchets pétroliers ;
  • de nouvelles routes pour faciliter le développement de cette industrie pétrolière.

Problèmes

Total accusée de bafouer les droits humains

Plusieurs dizaines milliers de personnes sont expropriées et ont déjà perdu ou perdront leurs habitations, leurs terres agricoles, leurs cultures. En échange, les habitant·e·s sont contraint·e·s d’accepter des compensations clairements insuffisantes, souvent sous des pressions et des intimidations.

Total accusée de menacer un environnement et une biodiversité exceptionnels

Avec ce projet, Total fait peser des risques considérables sur la biodiversité et les ressources en eau, puisque le projet principalement au sein même du parc naturel des Murchison Falls. Le parc abrite plus de 500 espèces d’animaux dont certaines sont menacées. Le projet comprend un réseau d’oléoducs qui passera sous le Nil et traversera des zones sensibles écologiquement dans une région à haut risque sismique.

Total accusée de menacer le climat

Ce projet aura un impact évident sur le climat, avec une production d’environ 200 000 barils/jours et le plus long oléoduc chauffé (à l’électricité) du monde, pour faire transiter du pétrole visqueux sur 1445 km jusqu’à un port de Tanzanie.

Sur le terrain, les difficultés et dangers d’enquêter

La collecte d’informations et de témoignages a été très difficile : nos partenaires qui enquêtent sur le terrain subissent des pressions pour les empêcher d’accéder à la zone concernée et entrer en contact avec les populations affectées. 

Demandes

01

Total doit abandonner ce méga-projet climaticide

Quelles que soient les décisions de justice que nous pourrons obtenir grâce à la loi sur le devoir de vigilance, et même si Total respectait les droits des communautés ougandaises et minimisait les impacts environnementaux locaux, ce méga-projet pétrolier ne devrait pas voir le jour. En effet, pour rester en deçà des 1,5°C de réchauffement climatique, plus de 80% des réserves fossiles déjà connues doivent rester dans le sol. Cela veut dire que plus aucun nouveau projet pétrolier ne doit être lancé.

02

Total doit publier un plan de vigilance conforme à la loi

Il s'agit de combler les défaillances de son plan de vigilance actuel, dans lequel il n'y a aucune identification des risques ni mesure spécifique concernant ses activités en Ouganda, malgré les importants risques d’atteintes graves aux droits humains et libertés fondamentales, à la santé et sécurité des personnes, et à l'environnement que présentent les projets Tilenga et EACOP.

03

Total doit mettre en œuvre de façon effective ce plan de vigilance

Il s’agit de mettre réellement en œuvre les mesures que Total prévoit déjà dans des documents relatifs à ses activités en Ouganda, notamment concernant l'expropriation et relocalisation des populations affectées : si elles sont contraintes de quitter leurs terres, les familles doivent recevoir une compensation juste et préalable pour pouvoir racheter des terres et cultures au moins équivalentes.

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