Thématique

Forêts

Refuge pour la biodiversité, fontaine à eau, puits de carbone naturel, les forêts sont également capables de nous fournir du bois et d’autres produits vitaux. Pour cela, elles doivent être protégées contre le défrichement et la surexploitation, et gérées en préservant la biodiversité.

Enjeux

Il est impératif de réduire la consommation de ressources naturelles qui fait pression sur les forêts, dénoncer les fausses solutions comme la compensation carbone ou les certifications de complaisance, et soutenir les luttes des communautés locales et des peuples autochtones pour mieux faire reconnaître leurs droits.

Les forêts sont parmi les derniers espaces naturels ou semi-naturels sur la planète. Elles contiennent plus des ¾ de la biodiversité terrestre 1 par ailleurs laminée. Elles représentent un énorme stock de carbone, dans la végétation mais aussi dans les sols. De plus, elles absorbent environ 2 milliards de tonnes de CO2 annuellement, 2 ce qui en fait le second puits de carbone après l’océan.

Elles assurent la subsistance de populations nombreuses (évaluées à 1,6 milliards dans le monde), 3 et sont vitales pour les humains  en général, en régulant le climat à l’échelle de la région, en préservant les sources, en fournissant du bois et de nombreux autres produits.

Problèmes

Les forêts victimes de défrichements et de surexploitation

Chaque année, 6 millions d’hectares de forêts naturelles disparaissent.4

Cause n°1 :  la boulimie de terres, en premier lieu au profit de l’agriculture industrielle, mais aussi de plantations d’arbres non moins industrielles, qui ne peuvent être assimilées à des forêts. Le soja en Amérique du sud, les palmiers à huile en Asie du sud-est, les eucalyptus, pins et autres résineux y compris en Europe, sont aux premiers rangs des facteurs de déforestation, pour une consommation dépassant souvent de loin les besoins (viande, carburant, papier….).

C’est ainsi que la déforestation nette est à l’origine de 10 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre.5 Quand elles ne disparaissent pas, les forêts se retrouvent parfois clairsemées du fait d’une exploitation excessive.6 Elles sont aussi victimes d’incendies massifs (Indonésie, Amazonie, Australie…), expression d’un cercle vicieux : souvent utilisés pour faciliter le défrichement, les feux sont aussi exacerbés par les sécheresses et le dérèglement climatique.

L’Europe et la France acteurs de l’état des forêts

En Europe et en France, les forêts sont abondantes et la surface forestière ne baisse pas. Mais nos importations sont directement ou indirectement impliquées dans la déforestation mondiale : elles alimentent la demande qui conduit à toujours plus d’hectares défrichés. Pour l’Europe cela est chiffré à 7,2 Mha entre 1990 et 2008. 7Nos forêts locales ne sont pas épargnées par l’industrialisation : les plantations concentrées sur une seule espèce résineuse, qui dominent en Allemagne et sont promues en France, réduisent la biodiversité. Ces forêts sont actuellement victimes d’un dépérissement massif suite aux sécheresses et à la chaleur qui favorise une pullulation d’insectes : cette catastrophe affecte  en premier lieu les plantations  homogènes d’espèces  plantées au-delà de leur milieu naturel.

Les forêts, prétextes à fausse solutions

Face au dérèglement climatique, les faux-fuyants fleurissent. La « compensation carbone» grâce aux plantations d’arbres et aux forêts est au premier plan, car plus facile et moins chère. En promettant de stocker du carbone  dans de nouvelles plantations, les gouvernements et les entreprises  évitent d’entreprendre la nécessaire baisse des émissions. Il suffit de viser « 0 émissions nettes » en comptant sur les boisements pour « compenser » les émissions bien réelles. Ou bien, il suffirait de protéger une forêt encore sur pied pour « compenser » la perte d’une autre.

Cette « compensation » prétexte à inaction est souvent un faux semblant (décompter une forêt qui pousse de toute façon), ou sert souvent à justifier des plantations industrielles, ou encore un accaparement de forêts qui appartenaient à des populations locales. Celles-ci se retrouvent alors exclues au nom de la compensation d’émissions qui ne sont pas les leurs. La certification des forêts et des produits (bois, huile de palme, soja..) est un autre pont sensible. Outre leur inefficacité fréquente (critères faibles, manque de contrôle… ) les certifications ne peuvent rien contre la montée de la consommation : les consommateurs de produits certifiés prennent ce qui vient de cultures existantes et peuvent prétendre à 0 déforestation. Mais quand la consommation augmente, la demande conduit au défrichement de nouvelles parcelles et  il se trouve toujours des acheteurs moins « vertueux » pour écouler cette nouvelle production.

Solutions

Les forêts sont elles-mêmes des solutions, mais il ne faut pas trop leur demander

Compte tenu de tous les bienfaits qu’elles offrent, les forêts contribuent massivement  à la lutte pour le climat et pour la biodiversité. Leur préservation est donc une priorité. Mais il ne faut pas en faire un alibi en considérant qu’elles peuvent compenser les émissions et la consommation d’espace dont sont responsables de multiples secteurs, qui doivent tous se remettre en question, comme l’aviation,  la construction ou les hydrocarbures, pour n’en citer que quelques-uns.

Elles offrent des produits à haute valeur écologique, mais les besoins doivent être maîtrisés

Dans la construction, le bois est un matériau qui peut stocker le carbone durablement, et sa mise en œuvre provoque beaucoup  moins d’émissions que le béton ou le métal. Son usage peut donc être encouragé. La production de bois matériau s’accompagne de co-produits (petits bois d’éclaircie, chutes de scierie…) qui peuvent fournir du papier et de l’énergie.

Mais toute cette production doit être réalisée sans transformer les forêts en plantations industrielles  à biodiversité réduite. Et cette production ne peut suffire à faire face à des besoins galopants : qu’il s’agisse de construction, de papier ou d‘énergie, la sobriété dans la consommation sera nécessaire pour qu’une plus grande part des besoins puisse être satisfaite par des produits forestiers

Les forêts doivent profiter en premier lieu aux communautés locales.

C’est par les populations qui y vivent depuis des temps lointains que les forêts d’aujourd’hui sont protégées le plus efficacement. Les droits de ces populations doivent être établis et défendus contre les tentatives d’appropriation  commerciale et industrielle qui se multiplient.

Demandes

01

Stopper la déforestation au niveau mondial

Le gouvernement français doit rendre réellement efficace sa politique visant au zéro-déforestation au niveau mondial, via la lutte contre la déforestation importée, un contrôle strict des importations de bois illégal, et une action diplomatique sans faille vis-à-vis des pays les plus actifs dans la déforestation. Les certifications de produits présentant des failles démontrées ne doivent pas servir d’alibi aux importations.

02

S’attaquer aux causes profondes de la déforestation

Il faut renoncer aux agrocarburants et en premier lieu ceux les plus directement liés à la déforestation (palme, soja) tout en menant des campagnes visant à limiter la production et la consommation de produits liés à la déforestation (élevage industriel, papier)

03

Un respect absolu des zones protégées et des communautés locales

En excluant tous les projets (forestiers, miniers, etc… ) qui les menacent et en exigeant le consentement libre, préalable et éclairé des populations

04

Une réduction des émissions de gaz à effet de serre qui ne repose pas sur la compensation forestière

Les objectifs officiels français ne doivent pas être exprimés en valeur nette, qui repose en grande partie sur des mécanismes de compensation. Les entreprises ne doivent pas pouvoir invoquer la compensation pour éviter des réductions d’émissions.

05

Des forêts françaises gérées de façon écologique

La politique nationale ne doit pas encourager les monocultures à faible ou très faible biodiversité. Elle doit promouvoir des modes de gestion respectant le couvert forestier, la diversité des essences, la présence de bois mort et autres mesures favorisant la résilience et la biodiversité des forêts. Elle doit aussi favoriser l’agroforesterie, qui associe les arbres et les cultures agricoles.