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Surproduction

Mode : une tendance destructrice

L’industrie textile est devenue en quelques décennies responsable de désastres environnementaux, humains et climatiques. A l’heure où les citoyen·nes aspirent à des modes de consommation responsables, exigeons des mesures politiques structurelles pour transformer le monde de la mode en profondeur. 

Comprendre

La mode du "tout jetable"

En 10 ans, la production de vêtements a doublé, atteignant 101 milliards de vêtements vendus dans le monde en 2019. Ces chiffres mirobolants sont représentatifs d’un secteur engagé dans une course effrénée à la surproduction, avec une myriade d’acteurs qui n’hésitent pas à casser le marché en vendant à perte. Des entreprises de l’«Ultra Fast Fashion » dominent désormais le marché, comme Primark, Bohoo ou Shein, transformant le modèle économique de l’industrie textile au détriment des droits humains, du climat et de l’environnement. Elles n’hésitent pas à augmenter toujours plus les niveaux de production, et multiplient le nombre de collections par an, incitant à la surconsommation et au gaspillage. Historiquement, la saison d’hiver et d’été étaient les deux principales collections annuelles. Aujourd’hui, certaines entreprises vont jusqu’à renouveler leurs collections toutes les deux semaines !

En Europe, chaque année, on se débarrasse de 4 millions de tonnes de textiles : 80% de ces vêtements finissent à la poubelle pour être finalement enfouis ou incinérés…Seulement 10 à 12% se retrouvent sur le marché de la seconde main.

Délocaliser pour invisibiliser les impacts

La plupart des marques occidentales ne produisent plus dans le pays où elles sont implantées mais bel et bien là où les coûts salariaux sont les plus bas et les normes environnementales et sociales pratiquement inexistantes. On estime ainsi que 99% de la production mondiale s’effectue dans des pays où le coût de la main-d’œuvre est très bas, en Asie notamment.

Même le secteur du luxe a été pris la main dans le sac avec des délocalisations d’atelier en Europe de l’Est, en Inde ou en Chine. Pourtant, le cercle vicieux de la délocalisation et de la surproduction n’a pas toujours existé. Dans les années 70, une grande partie des vêtements consommés par les français étaient fabriqués en France.

Problèmes

L'exploitation des travailleuses et des travailleurs

Le 24 avril 2013, une usine de textile s’effondre au Bangladesh et provoque la mort de 1135 personnes, et plus de 2500 bléssé·es. Cette tragédie marque un tournant dans l’opinion publique : la pression médiatique et citoyenne obligera les législateurs français à s’emparer de la question de la responsabilité des multinationales pour leurs activités ou celles de leurs sous-traitants à l’étranger.

En 2017, la loi sur le devoir de vigilance des multinationales est enfin promulguée après des années de lutte des organisations de la société civile dont les Amis de la Terre qui font face à des lobbies féroces issus de divers secteurs. Malgré son caractère pionnier, cette loi est encore très difficilement appliquée en France. Nous travaillons maintenant aussi à décliner ces ambitions au niveau mondial à travers un traité à l’ONU, afin d’encadrer le secteur et contraindre les multinationales à respecter les droits humains et l’environnement tout au long de la chaîne de production.

Le secteur de la mode emploie aujourd’hui 75 millions de personnes à travers le monde. Les salaires de misère ne permettent pas de répondre à des besoins fondamentaux et de vivre dignement : 85€ par mois minimum au Bangladesh et en Birmanie, 23€ par mois en Ethiopie.

Les acteurs du luxe ne sont pas plus exemplaires en matière de respect du droit du travail puisque plusieurs d’entre eux auraient recours au travail de sans-papiers en Italie1 et possiblement en France.

Le dernier scandale en date est celui de l’exploitation des Ouïghours dans des camps de travaux forcés qui regrouperaient un million de personnes dans la province du Nord ouest de la Chine, le Xinjiang. En effet, des grandes marques du prêt à porter comme Zara, Adidas, H&M et beaucoup d’autres encore, seraient complices de ce drame humain. Ainsi, 1 vêtement en coton sur 5 dans le monde pourrait être issu du travail forcé des Ouïghours.

Climat et environnement : des victimes de la mode

L’industrie de la mode représente jusqu’à 10% des émissions de gaz à effet de serre mondiales. A l’heure où nous devons freiner drastiquement les émissions de CO2 pour éviter des catastrophes en chaîne, il est urgent d’agir pour transformer en profondeur l’industrie textile. En effet, alors que nous devons les laisser dans le sol pour avoir une chance de maintenir le réchauffement climatique en-dessous de la barre de 1,5°, la plupart de la production mondiale est réalisée dans des pays où le mix énergétique est basé majoritairement sur l’exploitation des énergies fossiles et notamment le charbon.

Selon l’Ademe,  en 2050, le secteur textile émettrait même 26 % des émissions globales de gaz à effet de serre si les tendances actuelles de consommation se poursuivaient.

Le textile est le troisième secteur consommateur d’eau dans le monde, après la culture de blé et de riz. 70% des fibres synthétiques sont produites à partir de pétrole et ces vêtements en matière synthétique relâchent des micro-fibres plastiques à chaque lavage. Chaque année, 500 000 tonnes de microparticules de plastique sont ainsi relâchées dans les océans au niveau mondial.

Un quart de la production mondiale de textile provient du coton, dont la culture est à l’origine de désastres environnementaux. Le coton est la principale culture consommatrice de pesticides. La production textile consomme au total 11% des pesticides dans le monde et engendre 20% de la pollution des cours d’eau.

Emploi & mode : le compte n’y est pas

En 50 ans, 325 000 emplois ont été détruits dans le secteur de la fabrication textile. Depuis 2010, les magasins physiques pour les particuliers ont perdu 64 000 emplois, du fait de l’expansion du e-commerce. Or, la consommation de vêtements continue d’exploser en France : on en achète aujourd’hui 4 fois plus que dans les années 70, et 2 fois plus depuis le début des années 2000. Il n’y a donc plus de lien entre niveau de consommation et emplois. Il est important de réduire à la fois les niveaux de production mais aussi préserver les commerces physiques qui favorisent la création d’emplois en France, et le dynamisme des centres ville contrairement au développement du e-commerce.

Greenwashing : l’étiquette verte qui cache la réalité

Les consommateur·rices ne veulent plus contribuer à la destruction de la planète et les entreprises du secteur du prêt-à-porter l’ont bien compris : elles n’hésitent pas à bâtir de grandes campagnes de communication « vertes » pour duper les citoyen·nes tout en continuant leurs pratiques habituelles. C’est le cas par exemple de la campagne “Conscious” d’H&M.

De nombreux labels ont vu le jour pour tenter d’aiguiller les consommateur·rices dans leurs achats responsables. Si certains ont permis effectivement de définir des standards en matière de transparence sur les impacts sociaux et environnementaux, d’autres labels, comme le “Better Cotton Initiave” sont de la poudre aux yeux. Ce dernier par exemple, est très utilisé par les industriels car il est facile à obtenir. Problème ? Il ne garantit en rien que les vêtements soient produits à partir de coton biologique !

Comme dans beaucoup d’autres secteurs ayant de forts impacts sur le climat, nous n’avons pas le temps de compter sur le bon vouloir des entreprises face à l’urgence climatique et à la destruction de nos écosystèmes.

Solutions

Si les alternatives structurelles les plus impactantes ne reposent principalement pas sur les consommateur·rices, nous pouvons toutes et tous adopter quelques réflexes pour agir à notre niveau. En voici quelques-uns.

Consommer moins mais mieux

Vos placards débordent ? vous avez craqué pour ce beau jean alors que vous en avez déjà plusieurs dans le dressing ? Cela n’a rien d’un hasard : les marques développent des campagnes promotionnelles et publicitaires agressives auxquelles il est difficile de résister.

Mais ne vous méprenez pas, céder aux sirènes de la mode et à l’accumulation de vêtements ne vous rendra sûrement pas plus heureux·se ! Pour vous aider à réduire votre consommation, prenez le temps de réfléchir à vos besoins.

Acheter de seconde main, acheter malin

Lorsque vous avez identifié votre besoin, avant d’entrer en magasin, préférez les solutions de seconde main. Des alternatives comme le Label Emmaüs, les brocantes, les friperies ou l’échange entre ami·es sont des bons moyens de renouveler vos habits sans consommer du neuf.

Demandes

01

Des salaires décents

Il est urgent d’imposer des salaires minimums dans les usines de production, notamment dans les principaux pays où l’industrie du textile est implantée. 

02

Réguler la publicité

Les mécanismes promotionnels et marketing jouent un rôle majeur dans le phénomène de surproduction. Interdire la publicité sur le textile ou à minima imposer une mention légale sur l’impact environnemental est crucial pour réduire les niveaux de production et informer les consommateurs·rices en toute transparence.

03

Établir des standards énergétiques & climatiques 

Afin de faire bouger les lignes sur les méthodes de production du secteur textile pour réduire son impact environnementale et climatique, les Amis de la Terre demandent des standards européens obligatoires sur le mix électrique et l’efficacité énergétique de la production. Sans cela, les vêtements ne devraient pas être vendus dans l’Union européenne.

04

Encourager la relocalisation et limiter les importations

Pour véritablement changer le modèle économique du secteur textile, il est urgent que le gouvernement développe un soutien public massif à la relocalisation textile en France.Il doit aussi s’engager à la mise en place d’un fonds réemploi et réparation minimal de 50 millions d’euros. En parallèle, il doit mettre en place des quotas sur les importations textiles afin de limiter la concurrence face à des pays où les normes sociales et environnementales sont quasi inexistantes.

05

Le juste prix

Pour mettre un frein à une concurrence débridée et à un marché totalement dérégulé, il est urgent de proposer une évolution des prix sur les vêtements en fonction de leur impact climatique à travers des mécanismes d’éco-contribution, et de TVA modulée.

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