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Mines urbaines : une option pour pallier la pénurie de métaux ?

Les ressources s’épuisent, les mines les plus accessibles ont déjà été exploitées. Il y aurait désormais plus d’or dans une tonne de vieux téléphones portables que dans une tonne d’un gisement d’or exploité. L’idée d’exploiter les « mines urbaines » émerge : changera-t-elle les comportements ?

L’engouement pour les nouvelles technologies augmente l’utilisation de métaux : en 1980, un ordinateur en comptait une dizaine, aujourd’hui il en compte plus de 60. Des appareils plus nombreux dans lesquels le nombre de métaux croît, tout comme leur rareté à l’échelle de la planète. Au point qu’aujourd’hui, l’épuisement des gisements inquiète les décideurs économiques et politiques nationaux et européens qui élaborent des stratégie pour y pallier1. L’exploitation des mines urbaines autrement dit le recyclage des déchets électriques et électroniques n’est pas la priorité.

La sécurisation des approvisionnements ou la recherche de produits de substitution, qui passe par l’exploration de nouveaux gisements, lui est préférée. La logique poursuivie est bien de continuer à prélever les ressources encore disponibles, indépendamment des questions de pénurie ou des conflits géopolitiques (en RDC ou en Chine par exemple). Loin des principes de l’économie circulaire qui propose de transformer nos déchets en ressources, les pratiques des entreprises sont aussi déconnectées des beaux discours  : réduire la quantité de métaux, privilégier l’utilisation des métaux recyclables, investir dans le développement de nouveaux procédés de recyclage.

La pénurie est déjà là

Les stocks sont quasiment épuisés pour l’indium qui a été massivement exploité pour les écrans LCD des télés, téléphones ou ordinateurs portables, alors que les ressources minières étaient estimées à quelques dizaines d’années. D’autres métaux sont concernés mais leur utilisation n’est toujours pas conditionnée au développement de procédés de recyclage qui permettraient de ne pas les extraire jusqu’à épuisement.

Cependant, si les industriels ne misent pas sur le recyclage, c’est notamment parce que les déchets électriques et électroniques sont difficiles à collecter et parce que les taux de collecte restent faibles malgré une légère progression. Sur les 20 kg de déchets électriques et électroniques engendrés chaque année par un Français, à peine 7 kg sont collectés, dépollués et recyclés par les structures agrées. Le recyclage, une fois les déchets collectés, est lacunaire : en cause, des techniques de recyclage limitées, en décalage avec les nouveaux produits mis sur le marché.

Où sont les « mines urbaines » ?

Parler de mines urbaines marque une évolution dans la conception de nos déchets électriques et électroniques. En effet, les premières mesures réglementaires visaient essentiellement l’encadrement de l’élimination de ces produits qui contiennent des substances dangereuses et donc présentent un risque de pollution.
Depuis, l’accent est mis sur le recyclage des ressources déjà prélevées. Cependant, au fur et à mesure que la législation progresse, elle est contournée et les filières d’exportation illégale de déchets se renforcent. Ainsi, entre 550 000 et 1,3 millions de tonnes de déchets électriques et électroniques sont exportés en Afrique et en Asie souvent dans un cadre commercial, parfois sous couvert d’aide humanitaire. Ces déchets sont pourtant loin d’aider les pays qui les accueillent. Au final, les mines urbaines se trouvent le plus souvent ailleurs...

> CAMILLE LECOMTE
Chargée de campagne Modes de production et de consommation responsables


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