Mobilisation aux Mines le 27 janvier 2026 à Paris, à l'occasion de l'invitation par l'école de Patrick Pouyanné (PDG de Total) à une conférence sur la transition énergétique.
Mobilisation aux Mines le 27 janvier 2026 à Paris, à l'occasion de l'invitation par l'école de Patrick Pouyanné (PDG de Total) à une conférence sur la transition énergétique.
Climat-ÉnergieFinance
19 février 2026

La communauté étudiante se mobilise pour refuser la mainmise des banques polluantes sur les campus

Depuis plus d’un an, les Amis de la Terre France accompagnent des collectifs étudiants mobilisés contre la présence des multinationales et des banques polluantes sur leurs campus. État des lieux des premières avancées.

Dans les universités, une prise de conscience grandissante quant à l’emprise des banques polluantes

Les banques polluantes, qu’est-ce que c’est ?

Les grandes banques françaises sont nombreuses à placer leur argent – ou plus exactement, le nôtre – dans des entreprises ou des projets nocifs pour l’environnement, le climat et les droits humains. En France, BNP Paribas, Société Générale, Crédit Agricole et Banque Populaire Caisse d’Epargne (BPCE) financent, encore aujourd’hui, des entreprises qui développent des projets de pétrole et de gaz. Pourtant, la communauté scientifique rappelle que la sortie des énergies fossiles est indispensable pour tenter d’enrayer les conséquences des dérèglements climatiques. En clair, ce sont en partie cette poignée de banques françaises qui assurent le financement d’entreprises se trouvant derrière de véritables bombes climatiques – telles que Total.

Les mobilisations étudiantes, ou quand la jeunesse refuse le monde d’hier

Les universités et grandes écoles cachent un terreau propice à la mobilisation et à l’instauration d’un rapport de force entre d’une part les étudiant·es et d’autre part les banques et autres entreprises polluantes qui investissent le champ universitaire. Cette mainmise sur le monde universitaire par des des entreprises pétro-gazières ou des banques qui les soutiennent se manifeste de différentes manières : financement de week-ends d’intégration, intervention dans des cours magistraux, siège dans le conseil d’administration de l’école… D’année en année, ces entreprises redoublent d’imagination pour s’immiscer dans les parcours étudiants et ainsi familiariser les étudiant·es – aussi perçu·es comme de potentiels client·es voire de futurs salarié·es – à des valeurs se trouvant en réalité aux antipodes de la lutte pour la préservation du vivant.

En France, les étudiant·es mobilisé·es ont déjà obtenu des victoires majeures, notamment à Polytechnique, où grâce à une lutte acharnée, les étudiant·es ont réussi à faire annuler en 2022 un projet de Total visant à installer des locaux sur leur campus1. Outre-manche, c’est à Cambridge que des collectifs d’étudiant·es, d’enseignant·es et du personnel administratif de l’université continuent de maintenir la pression pour mettre fin à près de deux cents ans de partenariat entre la banque climaticide Barclays et l’université2. Dernièrement, c’est le mouvement étudiant Courses Change qui a mis fin au partenariat qui reliait l’université canadienne d’Ottawa à la Royal Bank of Canada (RBC)3. Ces exemples sont l’illustration concrète que la mobilisation fonctionne et qu’elle peut mener à des victoires contre des entreprises de l’industrie fossile et des banques avides de déverser leur greenwashing sur la communauté étudiante.

Stop Banques Polluantes : la naissance d’une dynamique porteuse

De la formation au passage à l’action

À la rentrée 2024, les Amis de la Terre France ont lancé la campagne de mobilisation : Stop Banques Polluantes. Après avoir étudié la présence des quatre grandes banques françaises – Société Générale, Crédit Agricole, BNP Paribas ou encore le groupe Banque Populaire Caisse d’Epargne – dans les universités, les Amis de la Terre ont appuyé et accompagné des collectifs d’étudiantes et d’étudiants voulant faire bouger les choses sur leurs campus. 

Depuis le lancement de l’initiative en 2024, les Amis de la Terre accompagnent une dizaine de campus en Île-de-France (dont les Mines de Paris, Central SupElec, les Ponts & Chaussées, HEC, Sciences Po Paris ou encore PSL et l’ESPCI), en proposant des formations sur l’impact des banques sur le climat, mais également des formations opérationnelles pour faciliter l’organisation de mobilisations sur les campus. Au total, plus d’une centaine d’étudiant·es ont été formé·es. En novembre 2024, les Amis de la Terre ont coordonné, avec douze campus, une matinée d’actions décentralisées réunissant une centaine d’étudiant·es. Ces mobilisations simultanées ont introduit une série d’autres actions symboliques, telles que la réquisition par les étudiant·es des Mines de Paris et d’Alès du stand de Total lors de leur événement sportif inter-écoles, ou encore la perturbation de la conférence tenue par Patrick Pouyanné, PDG de Total, le 27 janvier 2026 devant l’Hôtel de l’Industrie à Paris.

à lire aussi
photo_5922423030175352767_y

12 campus se mobilisent contre les banques polluantes

« La manifestation, en plus d’être un moment très festif, nous a permis à tous·tes de dénoncer la présence de Total dans nos écoles. Dans un cadre plus large, nous étions fier·es de contribuer à la résistance des étudiant·es face à l’emprise des multinationales écocides et criminelles sur l’enseignement supérieur. »

Timothée, étudiant aux Mines de Paris

Les étudiant·es unissent leurs voix à celles des victimes de Total au Mozambique

La campagne Stop Banques Polluantes s’est très vite associée à la lutte de la société civile contre le méga-projet gazier porté par Total au Mozambique. Des rencontres avec les Amis de la Terre Mozambique ont ainsi été organisées à deux reprises en 2024, afin que les étudiant·es puissent mieux comprendre la situation des communautés impactées par le projet sur le terrain. Depuis, l’abandon du projet Mozambique LNG a fait partie des principales revendications portées par les étudiant·es lors d’actions de protestation contre la présence sur leurs campus de Total ou des banques françaises Société Générale et Crédit Agricole, qui s’obstinent à soutenir le projet. Ces actions sont d’ailleurs évoquées dans une tribune4 signée par plus de 700 étudiant·es et enjoignant ces deux banques de se retirer de Mozambique LNG.

Les collectifs étudiants mobilisés ont également pris part à des mobilisations en dehors de leurs campus, comme en mai 2025, où des activistes ont dénoncé le soutien de Crédit Agricole à Mozambique LNG lors de l’Assemblée générale annuelle de la banque.

La lutte contre Mozambique LNG se poursuit en 2026, à la suite d’une fin d’année 2025 marquée par deux victoires majeures : deux semaines après le dépôt par le European Center for Constitutional and Human Rights d’une plainte pénale visant Total pour complicité de crimes de guerre, torture et disparitions forcées au Mozambique, les gouvernements britannique et néerlandais, impliqués dans le projet via leurs agences de crédit à l’exportation, ont annoncé leurs retraits.

Et maintenant ?

Ces prochains mois seront décisifs pour que les retraits de la Grande-Bretagne et des Pays-Bas créent un effet domino qui fragilise durablement le montage financier de Mozambique LNG. Tout au long de l’année 2026, la fédération des Amis de la Terre poursuivra le travail avec les collectifs étudiants mobilisés, avec comme objectif de faire plier Société Générale et Crédit Agricole, toutes les deux toujours impliquées dans ce méga-projet dévastateur.

Pour inverser le rapport de force et remporter d’autres victoires, nous avons besoin de la mobilisation du plus grand nombre ! Tu es étudiant·e et tu veux en savoir plus ? Contacte-nous !