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Communiqué de presse27 février 2026

Les Amis de la Terre écartés du CESE : le gouvernement voudrait réduire au silence une voix historique de l’écologie en France.

Par un décret publié au Journal Officiel, le gouvernement a modifié la liste des organisations appelées à siéger au Conseil économique, social et environnemental (CESE) pour la prochaine mandature (2026-2031).

Il en résulte que les Amis de la Terre, qui y siègent depuis la réforme constitutionnelle de 2008 ayant instauré l’intégration du pilier environnemental, perdent la capacité d’y désigner un représentant lors de la prochaine mandature. C’est également le cas de l’Institut de l’économie pour le climat.

Seule fédération internationale de défense de l’environnement présente en France, les Amis de la Terre donnent voix aux premier·es impacté·es par les crises écologiques en France et à travers le monde et portent une analyse transversale de l’ensemble des enjeux environnementaux. Leur éviction, voulue par le gouvernement, constitue une nouvelle régression majeure de la démocratie environnementale, dans un contexte politique de plus en plus préoccupant. Au-delà du cas des Amis de la Terre, cette décision interroge frontalement la représentativité, la légitimité de certaines organisations désignées et, plus largement, la crédibilité même de la composition du CESE. Les Amis de la Terre annoncent contester ce décret devant les juridictions administratives.

Le rôle du CESE est d’éclairer le Gouvernement et le Parlement dans l’élaboration des politiques publiques et d’évaluer l’efficacité de ces politiques publiques. Sa composition est donc cruciale pour aiguiller ce travail et assurer la représentation de toutes les franges de la société. 

Cette décision s’inscrit dans un contexte de reculs répétés du droit de l’environnement, d’une fragilisation des contre-pouvoirs et d’une remise en cause croissante des libertés associatives. À l’heure où les crises climatiques, sociales et écologiques s’aggravent, écarter une organisation historique et reconnue pour son expertise revient à affaiblir volontairement la qualité du débat démocratique.

Pour les Amis de la Terre France, cette éviction ne peut être analysée comme un simple ajustement technique. Elle traduit un choix politique clair : celui de réduire la place des organisations capables de porter une parole critique, de dénoncer les responsables des désastres écologiques et sociaux et de rappeler la France à ses obligations en matière de climat de biodiversité et de droits humains.

Au-delà du cas des Amis de la Terre, cette décision pose une question démocratique majeure : qui le CESE est-il encore en mesure de représenter, et avec quelle légitimité ? En affaiblissant la pluralité des voix écologistes et sociales et la représentation des luttes de terrain, c’est la crédibilité même de cette instance constitutionnelle et donc la démocratie qui se trouve un peu plus fragilisée.

Dans une période où l’urgence écologique et sociale exige des choix courageux et une confrontation honnête des points de vue, exclure et ne pas intégrer celles et ceux qui portent une parole exigeante revient à organiser le silence plutôt que le débat” déclare Laura Thieblemont, co-présidente des Amis de la Terre, 

Organisation agréée au titre de la protection de l’environnement, et association historique de la protection de l’environnement en France, les Amis de la Terre France font partie des très rares organisations habilitées à siéger dans les instances représentatives. De plus, elle est une association profondément ancrée dans les territoires et partie prenante de la fédération internationale des Amis de la Terre qui est le plus grand réseau environnemental du monde, réunissant 73 groupes membres nationaux et des millions d’adhérent·es et de sympathisant·es réparti·es sur toute la planète. Cette singularité, qu’elle était la seule à représenter au sein du CESE, lui permet de relier les décisions prises en France à leurs conséquences concrètes pour les populations les plus exposées aux crises écologiques tout en portant leur voix.

Face à cette mise à l’écart sans précédent d’un acteur historique de la démocratie environnementale en France, les Amis de la Terre annoncent contester ce décret devant les juridictions administratives. De nombreuses questions se posent notamment quant à l’opacité et à la régularité de cette décision faisant évoluer la composition de la troisième assemblée. Cet acte réglementaire, pris au plus haut niveau entre l’Elysée et Matignon va d’ailleurs à l’encontre des préconisations du comité chargé de proposer des évolutions de la composition du CESE tel que prévu à l’article 7 de la loi organique de 2021.

Laura Thiéblemont, co-présidente des Amis de la Terre, l’affirme : “Notre parole dérange, nous l’assumons, c’est notre identité. Nous ne nous laisserons pas déstabiliser et continuerons à porter une voix indépendante, exigeante et déterminée pour la justice environnementale, sociale et démocratique comme nous l’avons toujours fait, c’est-à-dire dans le respect et la non-violence. Si certains espéraient nous faire taire, c’est qu’ils nous connaissent mal. Cela renforce un peu plus, s’il en était besoin, notre détermination et notre engagement aux côtés des plus faibles et des plus impactés.”

La modification de la composition du CESE a toutefois engendré un changement positif qu’il faut souligner : l’intégration de l’association Banlieues Climat au sein de l’instance. Nous saluons ce choix.