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Charbon : un an après l’Accord de Paris, les banques internationales toujours à la peine

Les grandes banques internationales n’ont toujours pas adopté les mesures de réduction de leurs soutiens au charbon nécessaires au respect des objectifs de réchauffement adoptés dans l’Accord de Paris. Voilà la conclusion d’un rapport publié aujourd’hui par les Amis de la Terre France, BankTrack, urgewald, Rainforest Action Network et Market Forces.

Le rapport "Still Coughing up for Coal : Big Banks after the Paris Agreement" identifie les trois principales approches suivies par 22 grandes banques européennes, américaines et australiennes afin de répondre à l’urgence climatique et expose les failles des politiques adoptées par les banques. Etant donné l’absence totale de politique des banques concernant les secteurs du gaz et du pétrole, le rapport n’évalue et ne compare que les mesures lentement adoptées ces deux dernières années afin de contrôler les soutiens financiers au charbon (1).

TROIS APPROCHES POUR UN MEME OBJECTIF

La science est sans appel : le secteur du charbon est incompatible avec un réchauffement maîtrisé bien en-dessous de 2°C, tendant vers 1,5°C, et non seulement les banques doivent s’assurer qu’elles ne soutiennent plus directement ou indirectement le développement du charbon, mais elles doivent aussi réduire à zéro leur exposition aux entreprises de ce secteur d’ici 2020 afin de permettre une fermeture contrôlée des infrastructures charbon.

Après les premiers engagements de Bank of America et Crédit Agricole l’année dernière, la plupart des grandes banques ont adopté des engagements de réduction de leurs soutiens au charbon, mais toutes n’ont pas suivi la même approche. Alors que les banques australiennes se contentent de déclarer un alignement de leurs activités avec une trajectoire 2°C - une déclaration lourde de conséquence si l’on considère que tout nouveau projet d’énergie fossile est incompatible avec cet objectif (2)- les banques américaines optent pour une logique de réduction de leur exposition au charbon, quand les banques européennes suivent la démarche d’exclusion inaugurée par Crédit Agricole qui consiste à exclure certaines entreprises de leurs soutiens financiers selon des critères clairs.

Deux banques, Société Générale et BNP Paribas, se distingue de ces trois idéaux-types Société Générale combinant les trois approches et BNP Paribas s’engageant à ne financer que les entreprises minières ou productrices d’électricité qui s’engagent à diminuer la part de charbon dans leur production.

Mais quels que soient les avantages et inconvénients de chaque approche, il est clair aux yeux de plusieurs exemples présentés dans le rapport qu’il en faudra plus que ces simples engagements généraux pour éviter que le scénario post Kyoto se répète, avec des déclarations d’intention trop larges pour prévenir une augmentation des soutiens financiers aux centaines de nouveaux projets charbon encore prévus aujourd’hui.

C’est bien connu, le diable se cache dans les détails, et l’application des engagements pris est tout aussi important que le contenu des politiques adoptées.

TJB2 & Cirebon 2 – un dernier pour la route ?

En 2015, Crédit Agricole et Société Générale annonçaient la fin de leurs financements de projets aux centrales à charbon dans les pays riches, laissant la majorité des pays où se développe le charbon non couverts. Et dès janvier 2016, l’implication des deux banques dans le projet d’extension de la centrale à charbon de Tanjung Jati B 2 en Indonésie éclatait au grand jour, suivi quelques mois plus tard par l’annonce de la présence du Crédit Agricole dans un autre groupe de financeurs pour un projet charbon similaire - Cirebon 2 - toujours en Indonésie.

Fortement critiquée par les Amis de la Terre France et leurs partenaires pour leur hypocrisie climatique et leurs soutiens à des projets qui causeraient la mort prématurée de 2000 personnes par an pour TJB2, et 1000 pour Cirebon 2, les deux banques ont fini par annoncer il y a deux semaines qu’elles ne financeraient plus de nouveaux projets de centrales à charbon partout dans le monde.

Mais cet engagement ne s’applique à aucun de ces deux projets. Comment est-ce possible ? Aucun contrat de financement n’a encore été signé et rien ne lie légalement les banques à ces projets. Alors pourquoi ne pas appliquer dès maintenant l’engagement tout juste adopté ?

SOCIETE GENERALE REPOUSSE L’ACTION CLIMATIQUE A 2017

Société Générale a bien choisi sa date d’annonce de ses nouveaux engagements en matière de réduction de ses soutiens au charbon : une semaine avant le Climate Finance Day et deux semaines avant la COP22, soit la date parfaite pour s’attirer les félicitations du public alors que le climat redevenait un sujet d’actualité. Mais voilà, Société Générale n’appliquera pas ses engagements avant 2017, ménageant ainsi ses relations avec ses clients japonais et conservant deux mois pour finaliser la signature du contrat de financement pour le projet de TJB2 en Indonésie.

Aujourd’hui, rien ne garantit que la signature du contrat aura lieu avant 2017. Mais si Société Générale était réellement soucieuse de ne plus financer des projets qui mettent en péril la vie de milliers de personnes et compromettent nos chances de rester sous le seuil de 1,5°C, elle ne jouerait pas son implication dans le projet sur une date mais se retirerait immédiatement du projet.

CREDIT AGRICOLE, L’HYPOCRISIE LUI EST TENACE

Crédit Agricole a toujours eu du mal à assumer ses décisions et à avancer franchement. Contrairement à ses pairs BNP Paribas, Société Générale et Natixis qui s’étaient tous engagés à ne plus financer de nouveaux projets de centrales à charbon en même temps que les projets de mines, il avait fallu 4 mois au Crédit Agricole pour reconnaître qu’arrêter de financer des mines de charbon mais continuer de financer la construction de centrales à charbon n’avait aucun sens.

Cette année, Crédit Agricole réitère. La banque s’est engagée comme Société Générale à ne plus financer de nouveaux projets de centrales à charbon partout dans le monde, et fait mieux que cette dernière puisque son engagement entre en vigueur dès maintenant. Mais alors que Société Générale considère que sa politique s’appliquera à tout projet sur lequel il n’y a pas eu d’engagement légal, Crédit Agricole ne compte pas renoncer au financement des deux projets indonésiens, bien qu’aucun contrat de financement n’ait été signé.

Les conséquences sont fâcheuses, car au-delà de ces deux projets, la société civile n’a aucun moyen de savoir quand une banque commence à être impliquée dans un projet. Les projets d’énergies fossiles mettant souvent des années à se développer, il est indispensable que seule la signature du contrat de financement fasse foi afin de rendre ces projets opposables et les engagements des banques un tant soit peu crédibles. Enfin, l’insolence des banques françaises à s’engager plus avant au nom du climat en prenant de nouveaux engagements, tout en continuant de financer directement de nouveaux projets charbon, prouve la nécessité de se mobiliser afin de s’assurer que le business-as-usual ne soit plus toléré et que les objectifs de l’Accord de Paris ne partent pas en fumée.

En savoir +

(1) Lire le rapport en anglais "Still Coughing up for Coal : Big Banks after the Paris Agreement" des Amis de la Terre France, BankTrack, urgewald, Rainforest Action Network et Market Forces, sur le site de BankTrack : http://www.banktrack.org/download/still_coughing_up_for_coal/161114_still_coughing_up_for_coal.pdf (2) Voir le dernier rapport d’Oil Change International ’The Sky’s limit" : http://priceofoil.org/2016/09/22/the-skys-limit-report/ (3) Voir le communiqué de presse des Amis de la Terre France, Fair Finance France et BankTrack ici : http://www.amisdelaterre.org/Credit-Agricole-et-Societe-Generale-annoncent-enfin-l-arret-de-leurs.html

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