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Glyphosate et cancer : la décision de l’Agence européenne de suivre l’avis de Monsanto n’est pas crédible !

90 scientifiques du monde entier mettent en cause l’étude du gouvernement allemand qui a servi de base à la décision de l’Agence européenne de Sécurité alimentaire et demandent à la Commission "DE NE PAS TENIR COMPTE DES CONCLUSIONS ERRONÉES DE L’AESA SUR LE GLYPHOSATE".

Lettre ouverte à Mr Vytenis Andriukaitis, Commissaire pour la Santé et la Sécurité alimentaire, du 27 novembre 2015, publiée dans Die ZEIT.

« Nous sommes un groupe de scientifiques universitaires ou travaillant pour des gouvernements du monde entier. Nous avons consacré notre vie à comprendre le rôle de certains facteurs environnementaux sur les risques de cancers et la santé humaine. Nous nous regroupons aujourd’hui pour vous écrire, afin d’exprimer notre profonde inquiétude à propos de la décision récente de l’Agence européenne de Sécurité alimentaire (AESA ou EFSA en anglais), de déclarer le glyphosate, cet herbicide très largement utilisé, comme « ne posant probablement pas de risque cancérigènes pour les humains ». Nous vous demandons de faire suivre notre lettre à tous les représentants des pays membres de l’Union européenne, avant la prochaine réunion du Comité permanent des plantes, animaux, denrées alimentaires et aliments pour animaux (10/11 Décembre).

La décision de l’AESA se base sur le ’Dossier d’évaluation pour le renouvellement’, fourni par l’Office fédéral allemand pour l’évaluation des risques (BfR). Elle va à l’encontre des résultats avancés plut tôt cette année par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC). Ce centre est mondialement reconnu et est le bras armé de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), contre le cancer. Pour le CIRC, le glyphosate est « probablement cancérigène pour les humains ». Cette classification du CIRC repose sur une évaluation approfondie de documents toxicologiques et épidémiologiques qui ont été soumis à l’examen de pairs. Cette évaluation a duré 12 mois et a été effectué par un groupe de travail de 17 experts scientifiques indépendants. L’examen du CIRC a établi un lien entre le glyphosate et l’augmentation des tumeurs malignes en fonction des doses, dans de nombreux emplacements anatomiques sur des animaux, et une apparition plus importante du lymphome non-Hodgkinien chez les humains plus exposés.

Nous avons examiné les deux décisions divergentes concernant le caractère cancérigène du glyphosate et concluons que LA DÉCISION DU GROUPE DE TRAVAIL DU CIRC EST BEAUCOUP PLUS CRÉDIBLE. Le groupe de travail du CIRC a pris sa décision, en s’appuyant sur des procédures ouvertes et transparentes, menées par des scientifiques indépendants qui ont entièrement rempli des déclarations concernant les conflits d’intérêt, et qui ne sont ni liés ni financés par l’industrie chimique. Ce travail cite toutes ses références et se base sur des études biomédicales publiées et accessibles à tous et qui ont fait l’objet d’un examen par des pairs. Le groupe de travail a évalué toute la littérature scientifique disponible publiquement sur une substance donnée et par le biais d’un processus transparent et rigoureux, a conclu dans quelle mesure les preuves scientifiques laissent penser que cette substance peut causer ou ne pas causer un cancer.

LA DÉCISION DE L’OFFICE FÉDÉRAL ALLEMAND, EN REVANCHE N’EST PAS CRÉDIBLE, CAR ELLE NE S’APPUIE PAS SUR DES PREUVES ET N’A PAS ÉTÉ PRISE DE MANIÈRE OUVERTE ET TRANSPARENTE.

C’est pourquoi nous vous demandons, ainsi qu’à la Commission européenne, DE NE PAS TENIR COMPTE DES CONCLUSIONS ERRONÉES DE L’AESA SUR LE GLYPHOSATE , dans la formulation de la politique environnementale et sanitaire relative au glyphosate en Europe, et d’exiger un examen ouvert et crédible de la littérature scientifique. »

Pour Christian Berdot qui suit le dossier OGM pour les Amis de la Terre : « D’habitude, les scientifiques ont du mal a dire les choses clairement. Il faut vraiment que la décision de l’AESA soit choquante et aille à l’encontre des preuves scientifiques, pour que des scientifiques réagissent aussi directement ! Combien de temps encore, l’AESA et la Commission européenne vont faire passer les intérêts de l’industrie chimique avant notre santé ? »

Concernant l’étude de l’Office allemand d’évaluation des risques, Patrick van Zwanenberg écrivait dans The Guardian le commentaire suivant :

"Les lecteurs seront par exemple étonnés d’apprendre qu’une bonne partie de l’évaluation (allemande) récente du glyphosate, menée par le gouvernement allemand – et qui a la faveur de l’industrie de l’agrochimie lorsqu’elle est comparée à celle du CIRC – n’a pas été rédigée par les scientifiques qui travaillent pour l’Institut fédéral allemand de l’évaluation des risques (BfR), mais par le European Glyphosate Task Force (le Groupe de travail européen sur le glyphosate), un consortium d’entreprises de l’agrochimie.

Les responsables de l’Institut fédéral allemand ont expliqué qu’étant donné la quantité de preuves, ils n’avaient pas le temps de préparer eux-mêmes, une évaluation toxicologique. Ainsi, ce sont les industriels de l’agrochimie qui ont rédigé les descriptions et évalué la fiabilité de chaque preuve. Il s’agit ici exactement de ces décisions dictées par des choix, dont il était question précédemment. Les responsables de la réglementation du BfR ont fait des commentaires en italique sur le texte des industriels mais on est bien loin de ce que la plupart des gens comprennent par évaluation indépendante.

Nous ne savons pas si l’évaluation du BfR est inhabituelle parce qu’elle a été rédigée par les entreprises dont les produits sont évalués, ou si elle est inhabituelle parce que les autorités de réglementation allemandes ont été assez honnêtes pour reconnaître explicitement cette pratique. Mais si une des nations les plus riches de la planète n’a pas suffisamment de moyens pour mener ses propres évaluations indépendantes de données toxicologiques, nous sommes en droit de nous demander quelles sont les pratiques des autres organismes de réglementation ailleurs dans le monde ?" [1]

Christian Berdot conclut : "Les autorités européennes rejettent les conclusions de scientifiques indépendants, mais préfèrent s’appuyer sur les documents fournis par la Glyphosate Task Force qui compte dans ses membres notamment Monsanto Europe, Syngenta et Dow Agrochemicals. Est-ce une nouvelle concession faite aux Etats-Unis par la Commission pour préparer le terrain pour le TAFTA, l’accord transatlantique, même si c’est aux dépends de l’environnement, de la santé humaine et de la démocratie ?"

Lettre complète (en anglais) et liste des signataires, document pdf joint :

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Glyphosate et cancer : lettre ouverte de 90 scientifiques

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