photo d'une mairie avec le drapeau français
Climat-Énergie
9 avril 2026

Nouveaux Conseils municipaux : bonnes et mauvaises pratiques pour réduire la dépendance au gaz fossile

Au lendemain des élections municipales, découvrez l'analyse des réponses de 16 villes de plus de 100 000 habitant·es concernant les dépenses énergétiques et les politiques publiques pour les réduire sur l’ensemble des infrastructures municipales. De quoi inspirer les nouveaux Conseils municipaux !

Entre janvier et mars 2026, seize villes de plus de 100 000 habitant·es1  ont répondu aux questions des Amis de la Terre France concernant les dépenses énergétiques et les politiques publiques pour les réduire sur l’ensemble des infrastructures municipales, allant des crèches et écoles aux Hôtels de Ville en passant par les piscines et les logements sociaux.

Elles permettent de dresser un panorama des bonnes et mauvaises pratiques pour les nouvelles municipalités.

Note : le présent article synthétise les réponses apportées volontairement par les Villes aux Amis de la Terre France. Il ne s’agit pas d’une analyse exhaustive de leur politique.

État des lieux : aperçu des dépendances au gaz

  • Marseille : le gaz représente 65% des consommations énergétiques de la Ville
  • Strasbourg : le gaz représente 45% des dépenses énergétiques
  • Rennes, Dijon et Villeurbanne : le gaz y pèse pour environ 33%.

Grenoble, la ville qui donne espoir

Le gaz ne compte plus que pour 15% des dépenses énergétiques de la ville ! Cela grâce à des politiques de rénovation entreprises dès les années 2000, qui s’inscrivent dans un long travail de diminution de la dépendance aux énergies fossiles : en 2015 encore, elles représentaient 80% des consommations énergétiques mais en 2024, on compte 78% d’énergies renouvelables.

La sobriété, enjeu majeur pour économiser

  • Lille : – 23 % de consommation de gaz fossile entre 2019 et 2024.
  • Tours : – 30 % de consommation de gaz fossile entre 2019 et 2025.

Et les économies associées peuvent être importantes :

  • Strasbourg : – 6 millions d’euros sur la facture de gaz de la ville en 2023 (grâce au seul plan de sobriété 2022-2023).

Les coûts du gaz, intrinsèquement instables, ont tant augmenté ces dernières années que des plans ambitieux sont cruciaux :

  • Villeurbanne : malgré la baisse de consommation de 37% entre 2021 et 2024, la facture globale du gaz a augmenté de 141% sur la même période.
  • Marseille : la consommation a baissé de 18,5% mais la facture a augmenté de 140%.

La sobriété, enjeu de bon sens pour les politiques publiques

Avec des actions de simple bon sens, les villes répondantes ont obtenu des résultats spectaculaires. Ce bilan nous rappelle que la sobriété, bien qu’elle soit présentée dans le discours politique comme une affaire d’efforts individuels, est surtout un objet de politique publique.

Les mesures mises en place par les villes interrogées nous montrent le potentiel économique, social et environnemental de politiques publiques de sobriété.

Concrètement, que font les villes ?

La mesure citée par toutes les villes ? L’abaissement de la température de chauffage, couplé parfois avec une réduction de la période de chauffe (par exemple, à Tours, les établissements sont en « mode réduit » pendant les vacances scolaires). Un autre exemple est celui de Grenoble avec un système de chauffage à la demande mis en place dans deux bâtiments municipaux.

Dans le palmarès des actions de pur bon sens, Toulon remporte le premier prix avec la fermeture l’hiver du bassin extérieur du stade nautique Port Marchand, qui a permis d’économiser 40% de consommation de gaz du site (dommage qu’il ait fallu attendre l’hiver 2022-2023 pour le faire !). Il s’agit là d’aménager l’accès aux équipements publics pour limiter les usages les plus énergivores et favoriser les usages moins intenses en énergie.

Et ça marche !

Quand il est possible d’isoler l’impact de ces mesures, leur efficacité devient spectaculaire : ces seules mesures qui semblent du bon sens ont permis de réduire la consommation de gaz entre 12 et 18% à Paris, Rennes, Marseille, Le Havre, Grenoble, Strasbourg.

Rénovation énergétique : une politique essentielle à long terme

Un autre levier est essentiel : la rénovation énergétique des bâtiments. En priorité les constructions visées sont les établissements scolaires ou de la petite enfance et les équipements sportifs, ces deux secteurs ayant un poids significatif dans les consommations énergétiques.

A Dijon, en plus de travaux de rénovation globale et la suppression progressive des bâtiments préfabriqués les plus énergivores, des actions de végétalisation des cours d’école sont également incluses – alliant ainsi réduction des émissions et adaptation au changement climatique. A Paris, dans les 240 établissements rénovés grâce aux contrats de performance énergétique2 depuis 2012, la baisse de consommation va de 30 à 40%.

Attention toutefois aux idées court-termistes…

Dans l’urgence, certaines villes effectuent parfois des travaux de rénovation partiels, comme l’isolation de combles ou la réfection de menuiseries extérieures. Cela permet certes d’obtenir des résultats rapides mais n’est pas aussi efficace que des rénovations globales.

Plusieurs villes déclarent avoir remplacé les chaudières pour des équipements de meilleure performance et ainsi réduire la consommation… mais ce faisant restent au gaz. C’est le cas à Marseille où la Ville a remplacé 80 chaudières depuis 2022, et prévoit de continuer en ce sens. Ces remplacements apparaissent comme des actions simples et rapides pour réduire la consommation, mais retardent des mesures plus efficaces.

Remplacer les méthodes de chauffage : les alternatives au gaz fossile

Une alternative massivement déployée ? Le raccordement des bâtiments aux réseaux de chaleur urbains, qu’ils pré-existent et soient étendus ou totalement développés. En revanche, ils ne constituent une bonne solution que s’ils sont alimentés par des énergies renouvelables durablement sourcées, ou par des énergies de récupération inévitable, comme les égouts (comme le fait la Ville de Dijon par exemple).

Ces villes le font !

A Strasbourg, en 2024 et 2025, 20 sites totalisant 80 000 m2, soit 7% de la consommation énergétique totale du patrimoine, ont été raccordés au réseau de chaleur. Au Havre, 39 bâtiments de la Ville initialement consommateurs de gaz ont été raccordés, et 19 à Villeurbanne. Certaines villes ont plus d’avance : à Dijon, 67% du patrimoine chauffé est raccordé au réseau de chaleur. Ce chiffre monte à 75% à Grenoble – le plan local d’urbanisme impose depuis 2019 le raccordement obligatoire au réseau de chaleur pour les nouvelles constructions et lors du remplacement des chaudières, sauf dérogation.

Le solaire thermique peut aussi répondre à la demande de sites ayant des grands besoins en eau chaude sanitaire, comme des gymnases ou des piscines. Marseille et Nîmes ont mis cela en place. Lille a également une politique d’installation de panneaux photovoltaïques sur toiture, et étudie aussi des projets de géothermie.

Gaz : attention aux alternatives dangereuses

Si plusieurs villes citent le développement de gaz « renouvelable » comme un axe important de leur stratégie, en particulier par la méthanisation, cette méthode de production de gaz par fermentation de matières organiques présente en réalité d’importants risques. Maintenir un chauffage au gaz revient à parier sur des capacités de production de gaz « renouvelable » suffisantes pour remplacer le gaz fossile. Toutefois, les volumes nécessaires sont tels qu’il est impossible à terme de produire ce gaz sans un fort impact climatique, agricole, environnemental et social. Il pourrait ainsi devenir si cher que les consommateurs comme les Villes se rabattraient sur le gaz fossile. Cette stratégie induit donc le risque de s’enfermer dans la consommation de gaz fossile.

Il apparaît donc impératif de changer de mode de chauffage : du gaz vers les réseaux de chaleur ou pompes à chaleur partout où c’est possible, et ne réserver le vecteur gazier qu’aux infrastructures pour lesquelles aucune autre solution n’est possible.

Conclusion : face à l’inaction climatique nationale, l’espoir des acteurs locaux

Politique publique pour une sobriété choisie et juste, rénovation des bâtiments alliant économies d’énergie et confort des usager·es, déploiement des multiples alternatives au gaz… Face à la politique énergétique nationale défaillante, les municipalités sont nombreuses à mettre en œuvre les changements concrets nécessaires pour plus de résilience et un futur vivable.

Alors que les nouvelles municipalités viennent d’être élues, les actions qu’elles entreprendront dans les six prochaines années seront déterminantes pour limiter la gravité du dérèglement climatique et réduire la vulnérabilité économique et politique de la France induite par sa dépendance aux énergies fossiles. Cette enquête nous le montre : de nombreux outils sont à leur disposition !

Dans d’autres pays, des villes planifient leur sortie complète du gaz fossile avec des dates précises, comme à Mannheim ou Hambourg en Allemagne : quelle sera la première ville française à étudier la question ?

Publication
Couverture analyse villes consommation gaz
Décryptage

Actions de 16 grandes villes pour réduire la dépendance au gaz

Notes
1

Ci-après la liste complète des villes contactées par ordre décroissant de dépendance au gaz fossile (consommation rapportée au nombre d’habitant·es). Les villes en gras sont celles ayant répondu : Amiens, Reims, Strasbourg, Le Havre, Metz, Nancy, Clermont-Ferrand, Rouen, Saint-Etienne, Limoges, Mulhouse, Le Mans, Lille, Besançon, Caen, Tours, Annecy, Dijon, Rennes, Brest, Villeurbanne, Orléans, Bordeaux, Nantes, Paris, Montreuil, Angers, Lyon, Boulogne-Billancourt, Toulouse, Aix-en-Provence, Argenteuil, Marseille, Nîmes, Saint-Denis, Nice, Montpellier, Toulon, Grenoble. Le périmètre limité aux villes de plus de 100 000 habitant·es de cette enquête ne signifie en rien que les collectivités locales plus petites seraient peu actives pour réduire la dépendance aux énergies fossiles.

2

Outil mis en place par la loi Grenelle 1 (2009), il s’agit d’un partenariat entre un opérateur privé ou public et un maître d’ouvrage qui s’engage sur l’amélioration de l’efficacité énergétique d’un bâtiment ou d’un ensemble de bâtiments et dont la rémunération dépend de l’atteinte des objectifs.