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AG d’AXA : le géant face à ses incohérences

Les Amis de la Terre France seront présents cet après-midi à l’Assemblée générale d’AXA pour demander pour la troisième fois consécutive à l’assureur de mettre un terme à ses investissements dans les entreprises polonaises du secteur du charbon. Au-delà des enjeux pour le climat et les populations, c’est bien la crédibilité d’AXA qui est en jeu : en décembre dernier, le géant de l’assurance faisait valoir son engagement à stopper tout soutien qui aiderait le développement de nouvelles infrastructures dans le secteur du charbon ; or en Pologne, les centrales et mines de charbon et de lignite continue de se développer, soutenues par les 126 millions d’euros d’investissements d’AXA.

Mise à jour jeudi 5 mai 2018 :

A la question des Amis de la Terre sur les investissements d’AXA dans les entreprises polonaises du secteur du charbon, le président d’AXA Denis Duverne répondait : "Nous avons entendu votre message, il est prévu que les représentants d’AXA engage un dialogue, sur le fait d’arrêter le développement de l’activité charbonnière, notamment en vue de la COP24" (A).

En réaction, Lucie Pinson des Amis de la Terre déclarait "c’est un excellent signal envoyé aujourd’hui par AXA. Il lui reste encore à transformer l’essai et ce avant la COP24. S’il rate le coche, son incohérence à investir dans des entreprises qui construisent toujours de nouvelles centrales et ouvrent de nouvelles mines de charbon après avoir déclaré au monde entier dire "non au nouveau charbon" risque de lui coûter sa crédibilité en matière climatique".

Mais Sylvain Vanston se montre moins catégorique : « On a pris des décisions pour les actifs de nos comptes propres. Mais pour les comptes tiers cela dépend des clients. Certains nous demandent d’imposer des restrictions. D’autres non. » Quant à la réunion annoncée en AG du conseil de surveillance du fonds, elle a eu lieu jeudi. « Le sujet a été soulevé, confirme-t-il, mais ce n’est pas facile car les investissements de ce fonds sont très encadrés : 70% doivent être investis à la Bourse de Varsovie. On a demandé que ce fonds ait connaissance de nos critères et de nos positions. C’est peut-être une déception pour les ONG mais ce n’est qu’une première discussion. Il ne s’agit pas d’une discussion facile, mais elle a lieu », relativise-t-il. En clair : « Nos positions sur le charbon, comme sur le tabac, sont connues, mais les exclusions ne s’appliquent pas du tout automatiquement », résume notre interlocuteur qui ne valide pas l’échéance de la COP24 annoncée par l’ONG.

(a) Les questions et réponses peuvent être réécoutées ici.. Les Amis de la Terre disposent aussi de la vidéo sur leur rseule intervention suivie de la réponse de Denis Duverne.

Communiqué du mercredi 25 8h00 :

En décembre dernier, AXA a frappé fort le secteur du charbon en adoptant des critères d’exclusion inédits au niveau international. Parmi eux, le désinvestissement d’entreprises en raison de leurs intentions de construire de nouvelles centrales à charbon. Et pourtant, au coeur même de l’Union européenne, AXA continue d’investir dans les entreprises bien actives dans la construction de nouvelles centrales et l’ouverture de nouvelles mines, y compris de lignite, le plus sale charbon qui existe.

Avec 126 millions d’investissements d’euros déclarés en janvier 2018, AXA est même le 5ème assureur européen à investir le plus dans l’industrie du charbon polonaise via leurs fonds de pension locaux (1). Parmi les bénéficiaires de ses investissements se trouvent des entreprises comme PGE, Enea, Energa ou Tauron qui prévoient plus de 8 GW de nouvelle capacité charbon, ou encore ZE PAK qui entend ouvrir des mines à ciel ouvert d’une capacité de plus de 3 millions de tonnes de lignite.

Autant dire, rien de cohérent avec les positions prises par le géant de l’assurance en matière climatique ou de santé publique. Rappelons que l’Union européenne doit être sortie du charbon d’ici 2030 pour tenir un objectif de 2°C et que les centrales à charbon polonaises sont estimées causer la mort prématurée de près de 6000 personnes par an.

Malheureusement, à moins d’une prise en main de ce dossier par le géant de l’assurance, cette situation pourrait se maintenir. En effet, les mesures annoncées au One Planet Summit de décembre 2018, aussi ambitieuses et robustes soient elles pour les actifs gérés pour compte propre, ne sont pour l’instant pas appliquées aux actifs gérés en Pologne par le fonds de pension d’AXA.

Cette faille n’est pas nouvelle et les ONG polonaises et françaises, à commencer par les Amis de la Terre, soulèvent ce problème depuis 2016. A l’époque, AXA venait d’adopter son premier engagement de désinvestissement des entreprises exposées à plus de 50% au charbon, mais continuait d’investir dans les entreprises polonaises pourtant à la quasi majorité exposées à plus de 90% au charbon.

Mercredi 25 avril, c’est donc pour la troisième fois consécutive qu’ils assisteront à l’Assemblée générale de l’assureur pour demander à son conseil d’administration d’agir enfin pour et non plus contre la transition énergétique européenne.

Car l’action est possible. Certes, les fonds de pensions polonais détenus par les assureurs européens sont légalement tenus d’avoir 70% de leurs actifs investis en devise polonaise, mais cela n’implique en rien d’investir dans le secteur du charbon. Deux preuves : le fond de pension polonais d’Allianz investit proportionnellement plus de deux fois moins que celui d’AXA dans les entreprises polonaises actives dans le charbon ; et celui de l’assureur néerlandais AEGON vient de vendre l’intégralité des actions, à l’exception d’une seule, qu’il détenait dans le développeur de charbon Enea (2).

C’est la crédibilité d’AXA en matière climatique qui se joue, mais aussi les intérêts de ses clients et actionnaires. Comme le disait un édito du Financial Times en janvier 2018, “c’est difficile de justifier des soutiens à l’expansion du charbon - même pour des raisons commerciales, étant donné le fait que la plupart des centrales à charbon européennes tournent à perte, et les risques d’un durcissement de l’action politique qui créeraient des milliards de “stranded assets” (4).

(1) https://unfriendcoal.com/wp-content/uploads/2018/02/Dirty-Business_Unfriend-Coal.pdf
(2) Informations disponibles auprès de tous les actionnaires d’Enea et auprès de l’auteure.
(3) The Financial Times, Editorial, January 9, 2018, Insurers join in on the slow squeeze on coal.

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