Victoire pour le climat : les banques françaises ne financeront pas les projets charbon dans le bassin de Galilée

Montreuil 8 avril 2015 - Les Amis de la Terre et leurs partenaires internationaux viennent d’obtenir l’engagement des trois principales banques françaises – BNP Paribas, Crédit Agricole et Société Générale – de ne pas participer au financement des projets charbonniers situés dans le bassin de Galilée en Australie (1). Les ONG qui faisaient pression sur les banques françaises se félicitent de ce premier pas vers la sortie des énergies fossiles et appellent désormais les banques à s’engager d’ici décembre 2015 à mettre un terme à leurs financements au secteur du charbon.

BNP Paribas, Crédit Agricole et la Société Générale viennent d’annoncer aux Amis de la Terre qu’elles ne participeraient pas au financement des énormes projets de mines de charbon situés dans le bassin de Galilée en Australie, ni à celui des infrastructures qui leur sont associées. Leurs engagements vont donc au-delà de celui des huit autres banques internationales qui s’étaient déjà engagées à ne pas financer l’extension du port d’Abbot Point (2), nécessaire pour l’exportation du charbon et qui menace la Grande Barrière de corail. L’enjeu climatique est majeur : l’ensemble des projets forment la deuxième plus grande zone de développement possible des énergies fossiles au monde, après la Chine, et émettraient chaque année presqu’autant de CO2 que l’Allemagne, sixième pays émetteur de CO2 au monde (3).

Il semblerait que les banques françaises prennent enfin conscience de l’urgence climatique et de leur responsabilité. Ce dont se réjouit Lucie Pinson des Amis de la Terre : « C’est la première fois que les banques s’engagent à ne pas financer les projets de toute une région en raison de leurs impacts environnementaux et climatiques. Cependant, la bataille pour le climat ne s’arrête pas là et leurs engagements sont loin de suffire à inverser la hausse de 218 % des financements des banques françaises au secteur du charbon entre 2005 et 2013. Il faut continuer à faire pression sur les banques ».

Les Amis de la Terre rappellent que les trois grandes banques françaises sont friandes de projets charbon : toutes comptent parmi les 25 premiers financeurs du secteur du charbon au niveau international et la BNP Paribas et la Société Générale sont même les 5ème et 7ème banques à financer les mines de charbon en Australie (4). Elles sont à l’origine de 94 % des 30 milliards d’euros de financements français au secteur du charbon entre 2005 et avril 2014 (5).

Les engagements des banques à ne pas financer les projets charbonniers du bassin de Galilée ont été arrachés à l’issue d’un long travail de plaidoyer effectué par les Amis de la Terre avec le soutien d’une cinquantaine d’ONG internationales (6). « Les investissements dans le secteur du charbon deviennent de plus en plus risqués financièrement et économiquement. Le financement d’une des principales énergies responsables du réchauffement de la planète peut également faire très mal à la réputation des grandes banques, surtout en France qui accueillera la Conférence des Parties des Nations-Unies sur le changement climatique en décembre 2015 » ajoute Yann Louvel, coordinateur de la campagne climat-énergie de BankTrack.

Après le retrait en décembre dernier de la Société Générale du projet Alpha Coal, un des neuf projets miniers du bassin de Galilée, les engagements de BNP Paribas, Crédit Agricole et Société Générale marquent une première étape vers la sortie des énergies fossiles. « Mais il faut passer la vitesse supérieure. D’autres projets charbonniers pourraient voir le jour grâce aux banques françaises (7). Or 88 % des réserves totales de charbon au monde doivent rester dans le sol si nous voulons pouvoir rester en dessous-du seuil de 2 °C (8) et il est donc urgent que les banques françaises s’engagent dès cette année à mettre un terme à leurs financements au secteur du charbon » poursuit Lucie Pinson.

Les Amis de la Terre appellent les clients des grandes banques à relayer cette demande auprès de leurs établissements bancaires en les interpellant sur le site internet dédié jechangedebanque.eu (9) : l’association écologiste sera particulièrement vigilante quant aux annonces à venir de la part des banques. Les banques étant sensibles à leur image, aidons-les à sortir des énergies fossiles !

Contact presse :
Les Amis de la Terre - Caroline Prak, caroline.prak@amisdelaterre.org - 09 72 43 92 65 - 06 86 41 53 43.

(1) Les lettres officielles des banques françaises sont accessibles sur cette page en haut à droite de ce texte.

(2) Huit banques internationales ont déjà pris un engagement à ne pas financer l’extension du port d’Abbot Point : Deutsche Bank, HSBC, RBS, Barclays, Citi, Morgan Stanley, JPMorgan Chase et Goldman Sachs. A l’exception de celui de Barclays, ces engagements ne portent que sur le port d’Abbot Point alors que les engagements des banques françaises portent sur les neuf projets miniers du bassin de Galilée et leurs infrastructures associées – incluant donc les ports dont Abbot Point, les voies ferrées ainsi que les potentielles centrales destinées à alimenter les mines.

(3) D’après les rapports « Point of No Return » et « Cooking the climate : Wrecking the Reef » de Greenpeace.

(4) D’après les données de l’ONG australienne Market Forces sur les financements dans les mines de charbon depuis 2008, disponibles sur demande auprès des Amis de la Terre. Le Crédit Agricole y apparaît la 16ème banque internationale en termes de financement du secteur des mines de charbon depuis 2008.

(5) D’après les données des Amis de la Terre et de BankTrack - voir leur rapport « Charbon : l’argent sale des banques françaises » publié par les Amis de la Terre en octobre 2014 et le site internet "Coal Banks".

(6) Après le retrait de la Société Générale du projet Alpha Coal, les Amis de la Terre ont demandé à la BNP Paribas, au Crédit Agricole et à la Société Générale de s’engager à ne pas financer tout projet charbonnier lié au développement du bassin de Galilée. Voir le communiqué de presse de victoire sur Alpha Coal et la lettre envoyée aux trois banques par une cinquantaine d’organisations accessible sur cette page en haut à droite.

(7) Les Amis de la Terre demandent aux banques françaises de s’engager à ne pas financer les projets de centrales de Rampal et Batang au Bangladesh et en Indonésie, de Plomin C en Croatie et les futurs projets dont un par GDF Suez en Afrique du Sud. Nous demandons au Crédit Agricole de mettre un terme à son mandat de conseil pour le projet Plomin C et à son soutien au MTR (Moutain Top Removal).

(8) Voir l’article “The geographical distribution of fossil fuels unused when limiting global warming to 2 °C” paru dans la revue scientifique Nature du 8 janvier 2015.

(9) Le site internet est accessible sur la page suivante : jechangedebanque.eu est un site de mobilisation en ligne invitant les particuliers à interpeller les banques pour qu’elles changent leurs pratiques en vue de soutenir une transition énergétique fondée sur une sortie des énergies fossiles, et à quitter leur banque si celle-ci persiste dans ces choix climaticides.

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