Climat-Énergie
Communiqué de presse8 octobre 2026

Gaz de couche en Lorraine : c’est toujours non !

Près d'un an après l'annulation du permis d'exploitation de gaz de couche accordé à la Française de l'Energie (FDE) en Lorraine par le Conseil d'Etat, l'entreprise vient de relancer son lobbying auprès du Président de la République à travers une lettre lui demandant de contourner cette décision judiciaire.

Il y a près d’un an, suite à un recours de plusieurs associations locales et nationales, le Conseil d’État a annulé la permis d’exploitation de gaz de couche accordé à la Française de l’Energie (FDE) en Lorraine 1. L’entreprise vient de relancer son lobbying via un lettre au président Macron, lui demandant de contourner cette décision judiciaire. Le Collectif de défense des bassins miniers lorrains écrit à son tour au Président de la République afin de réitérer ses alertes environnementales et rappeler les impasses techniques du projet gazier lorrain.

Dans une lettre adressée le 21 septembre au Président de la République par Julien Moulin, président de la Française de l’Énergie (FDE), l’entreprise affirme être prête à fournir du gaz aux consommateurs français avant la fin de l’hiver et estime que l’obstacle résultant de la décision du Conseil d’État pourrait être levé par les services de l’État 2.

Pour le Collectif de défense des bassins miniers lorrains, l’Association pour la préservation de l’environnement local 57 (APEL57) et les Amis de la Terre France, le problème n’est pas seulement juridique ou administratif : la faisabilité technique et économique de l’exploitation du gaz de couche en Lorraine reste à démontrer, tandis que la question de la protection des nappes aquifères demeure centrale.

Le Collectif rappelle que le Conseil d’État a annulé, le 16 décembre 2025, l’intégralité du décret accordant la concession « Bleue Lorraine », en raison notamment de la sensibilité du contexte hydrogéologique, de la difficulté à réparer d’éventuelles atteintes aux nappes aquifères et des incertitudes persistantes concernant la fiabilité technique du procédé d’extraction envisagé.

Où est le gaz réellement productible ?

Des travaux de chercheurs de l’Université de Lorraine impliqués dans le projet REGALOR ont évoqué des productions potentielles de 22 000 à 34 000 m³ de méthane par jour et par puits.

Or, les débits observés lors des différents forages réalisés en Moselle depuis 1988 restent très éloignés de ces valeurs, avec une moyenne de l’ordre de 150 m³/jour et une pointe exceptionnelle d’environ 1 000 m³/jour.

L’écart entre les productions envisagées et les résultats obtenus sur le terrain pose directement la question de la viabilité industrielle et économique du projet.

Des réserves présentant un enjeu énergétique très limité

La certification réalisée en 2018 par MHA Petroleum Consultants fait état de 1,78 milliard de m³ de réserves prouvées (1P).

Réparties sur vingt années d’exploitation, ces réserves représenteraient environ 1 TWh par an, soit de l’ordre de 0,27 % de la consommation annuelle française de gaz naturel.

Et encore faudrait-il que ces réserves puissent effectivement être produites dans des conditions techniques et économiques satisfaisantes.

Des nappes aquifères menacées

L’analyse du puits réalisé à Lachambre soulève par ailleurs des interrogations concernant la continuité et la qualité de la cimentation lors de la traversée des quelque 500 mètres de grès abritant la nappe des Grès du Trias inférieur (GTI), ressource en eau majeure.

Pour le Collectif, cette question est essentielle : un forage profond doit être conçu non seulement pour protéger les aquifères pendant son exploitation, mais également pour permettre sa mise en sécurité et son abandon définitif plusieurs décennies plus tard.

« Il est temps de tourner la page du gaz de couche »

« Nous ne sommes pas opposés à tout nouveau projet énergétique par principe. Nous demandons qu’ils soient transparents, techniquement solides et correctement réalisés. C’est le sens de notre vigilance constructive. Mais concernant le gaz de couche en Lorraine, les difficultés techniques, économiques et environnementales demeurent et il est temps de tourner la page ».

Le Collectif demande par ailleurs depuis plus d’un an à la DREAL que ses experts puissent être associés au suivi de la protection des aquifères traversés par le forage de reconnaissance d’hydrogène naturel réalisés à Pontpierre, un nouveau projet de la FDE.

Notes
1

Voir notre communiqué de presse du 18 décembre 2025 sur la décision du Conseil d’Etat :

https://www.amisdelaterre.org/communique-presse/victoire-lexploitation-du-gaz-de-couche-de-charbon-en-france-cest-fini/

2

Lire la lettre de la Française de l’Energie adressée au président Macron : https://www.amisdelaterre.org/wp-content/uploads/2026/10/fde-lettre-au-president-macron.pdf