Climat-Énergie
12 octobre 2020Communiqué de presse

“Plan climat” du gouvernement français sur les financements export : vers un monde à +5°C

En vue des discussions budgétaires, Bruno Le Maire a annoncé ce lundi 12 octobre un “plan climat pour les financements export” de la France. Les Amis de la Terre France et Oxfam France critiquent vivement la volonté du gouvernement français de subventionner les énergies fossiles jusqu’à 2035 au moins.

Ce lundi 12 octobre, Bruno Le Maire a annoncé lors de la remise d’un rapport à l’assemblée nationale une série de mesures pour “verdir” les aides à l’exportation françaises. Ces annonces qui font suite aux premières exclusions inscrites dans la loi en 2019 1 sont vivement critiquées par les organisations non gouvernementales, qui demandent la fin de toutes les subventions aux énergies fossiles dès 2021.

Une nouvelle fois, les mesures prises à court terme sont anecdotiques et ne forcent pas les industriels français actifs dans le secteur des hydrocarbures à changer de modèle économique. Elles laissent la porte ouverte au soutien à des méga projets d’exploitation de gaz jusqu’en 2035, à l’image du projet de Total en Arctique que le gouvernement s’apprête à subventionner 2. Les exclusions proposées ne concernent même pas les infrastructures de transport d’hydrocarbures (gazoducs, oléoducs, terminaux GNL), qui pourront encore être soutenues et représentent aujourd’hui une partie conséquente du portefeuille de Bpifrance Assurance Export dans l’énergie.

Portrait Cécile Marchand

“Proposer de continuer à soutenir financièrement l’exploitation de nouveaux gisements d’hydrocarbures jusqu’en 2035 est un véritable scandale ! Le pire, c’est que Bruno Le Maire et les députés de la majorité en sont fiers. Cela démontre bien qu’ils n’ont rien compris à l’urgence climatique ”

Cécile Marchand
chargée de campagne climat aux Amis de la Terre France

“Repousser la frontière des énergies fossiles jusqu’à cette date, c’est préparer un monde à +4°, voire +5°C de réchauffement climatique, autrement dit un monde invivable pour la majeure partie de la population mondiale.” poursuit Cécile Marchand.

En effet, les études scientifiques sont claires : exploiter de nouvelles réserves de pétrole et gaz à travers le monde est tout simplement incompatible avec le respect des objectifs de l’Accord de Paris 3. “Le gaz n’est pas une énergie de transition comme le prétendent l’industrie fossile et le gouvernement. C’est justement parce que le secteur est en pleine expansion qu’il faut le freiner de toute urgence en mettant un terme aux subventions aux énergies fossiles, et non accompagner son développement jusqu’en 2035 !” complète-t-elle.

Bruno Le Maire insiste sur le fait que ces annonces sont une première mondiale. Or, la Grande-Bretagne serait prête à annoncer une politique bien plus ambitieuse, stoppant les financements export pour tous les projets d’exploitation de pétrole et gaz dès l’année prochaine 4.

Le Ministre met aussi en avant les emplois menacés pour justifier des trajectoires aussi lointaines. Or, la méthodologie pour comptabiliser ces emplois menacés reste obscure. Le rapport du Conseil Général de l’Économie, sur lequel ces calculs sont basés, n’a pas été rendu public. Les ONG pointent le fait qu’aucun syndicat de salariés des entreprises concernées n’ait été auditionné. “En septembre 2019, Emmanuel Macron dénonçait à la tribune des Nations Unies les financements export dans les infrastructures polluantes, les qualifiant d’”incohérents” et d’”irresponsables”. Un an plus tard, son gouvernement fait pourtant le choix de continuer à subventionner les énergies fossiles pendant encore plus de 15 ans. Où est la cohérence ? Où est la réponse à l’urgence climatique ? Le gouvernement soutient, soi-disant au nom de la sauvegarde de l’emploi, TechnipFMC, une entreprise active dans le pétrole et gaz, dont le PDG a touché 15 millions de dollars de rémunérations en 2019 malgré 4 milliards d’euros de pertes en deux ans.”, s’insurge Alexandre Poidatz d’Oxfam France.