Groupe localLes Amis de la Terre Paris6 avril 2004

Pub : position idéologique du président de Publicis face à la demande de concertation

RÉPONSE DES AMIS DE LA TERRE PARIS AU PRÉSIDENT DE PUBLICIS Monsieur Maurice Lévy Président de Publicis Paris le 2 Avril 2004 Monsieur, Vous avez bien voulu répondre à notre courrier du 11 Février 2004, et je vous remercie pour […]

RÉPONSE DES AMIS DE LA TERRE PARIS AU PRÉSIDENT DE PUBLICIS

Monsieur Maurice Lévy
Président de Publicis

Paris le 2 Avril 2004

Monsieur,

Vous avez bien voulu répondre à notre courrier du 11 Février 2004, et je vous remercie pour l’attention que vous y avez portée.

Je me permets cependant de vous faire part de notre incompréhension car après avoir annoncé des réponses « factuelles », l’essentiel de vos développements se réduisent à des positionnement idéologiques bien loin des questions concrètes que nous avons évoquées.

En premier lieu, je rappelle que les Amis de la Terre Paris n’ont ni appelé ni participé de quelque manière que ce soit aux actions d’expression sur les affiches publicitaires que votre groupe reproche à ces personnes.

1) Vous commencez par parler de « tagueurs ». Cette terminologie apparaît évidemment comme une qualification purement idéologique de ces personnes que la RATP a d’ailleurs démentie puisqu’elle a ouvert d’elle même la possibilité d’une expression libre sur certains panneaux publicitaires. L’usage de ce terme est ici aussi inapproprié que s’il était utilisé à l’endroit des publicitaires.

A supposer que les 62 personnes aient gribouillé quelques panneaux, l’idée qu’ils auraient causé, un million d’euros de dommages n’est pas crédible. Et les poursuivre solidairement est le signe d’une démarche bien éloignée de la simple réparation de ce qui est matériellement reproché à chacun d’eux.

2) Je me félicite avec vous de la qualité des transports publics parisiens loués dans le monde entier. Cependant la qualité du service public ne peut cacher la dégradation du cadre de vie due au harcèlement publicitaire dont les usagers sont l’objet. Quant aux recettes publicitaires de la RATP, il n’a jamais été question pour nous, en particulier dans notre courrier, de les supprimer. Nous souhaitons simplement une réduction du nombre de support de manière à répondre aux usagers qui aspirent à être transportés efficacement, confortablement et paisiblement.

3) Vous évoquez une « opprobre sur la publicité » que nous ferions « bouc émissaire d’où viendrait tout le mal ». Je crois que vous avez dû confondre notre courrier avec un autre que vous auriez reçu par ailleurs, car rien dans celui des Amis de la Terre n’exprimait une telle position.

Les positions idéologiques selon lesquelles la publicité serait liée aux pays « où il fait bon vivre » ou que la publicité « informerait » les consommateurs sont sans doute intéressantes mais ne sont en aucun cas l’objet de notre démarche, pas plus que je ne sais quelle contestation de « notre modèle de société ».

Il n’a jamais non plus été dans notre intention ni dans nos écrits de remettre en cause la liberté du commerce et de l’industrie ou de disserter « sur la production de masse » des machines à laver ou sur l’écobilan des voitures qui brûlent.

Permettez moi de dire que notre propos est contrairement à ce que vous soutenez de promouvoir notre modèle de développement, celui reconnu tant par les Nations Unies et l’Union Européenne que par la France et, par exemple, par la Région Ile de France. Ce modèle a un nom, celui de développement durable. Ce modèle implique notamment l’union de préoccupations environnementales, sociales et économiques. Ce modèle a pour objet de permettre notre développement sans grever celui des générations futures et des populations des pays du sud.

Nous constatons que certaines publicités sont non seulement en contradiction avec ce modèle, mais elles le combattent en promouvant des biens et services qui le mettent en péril. Ce faisant elles promeuvent des comportements aux conséquences extrêmement graves sur les plans social, environnemental et sanitaire.

Nous espérons simplement qu’étant sans aucun doute une entreprise responsable, vous saurez comprendre cette démarche et voudrez bien inscrire votre action dans le cadre du développement durable. Le premier pas dans ce sens ne peut être que l’abandon des poursuites contre les 62 personnes précitées.

Je vous prie de croire, Monsieur le Président, à toute ma considération.

Claude Bascompte _ Président des Amis de la Terre Paris


LETTRE DU PRÉSIDENT DE PUBLICIS AUX AMIS DE LA TERRE PARIS

PUBLICIS GROUPE S.
le président du directoire
à
Monsieur Claude BASCOMPTE
Président LES AMIS DE LA TERRE PARIS

Paris, le 8 mars 2004

Monsieur le Président, La lettre que vous m’avez fait parvenir me conduit à vous fournir des réponses factuelles.

1) La RATP et METROBUS poursuivent les « tagueurs » qui se sont fait verbaliser de manière collective et solidaire. Le montant des dommages et intérêts correspond exactement aux frais de nettoyage, de remise en œuvre et au manque à gagner commercial. En ce qui concerne les dommages et intérêts pour préjudice moral, METROBUS n’a demandé qu’un euro, prouvant bien ainsi qu’elle ne cherche ni à gagner de l’argent au détriment des contrevenants ni à alourdir leur peine. Je vous signale par ailleurs que METROBUS, qui aurait pu mener son action au pénal, ne l’a pas fait et est resté sur le terrain civil.

2) Vous parlez de dégradation croissante du service public des transports. Bien que ce soit à la RATP de vous répondre sur ce point, je vous avoue ma perplexité devant de tels propos alors que l’exemple de la RATP est cité dans le monde entier pour la qualité de son service. Par ailleurs METROBUS verse chaque année 77,25 de ses recettes à la RATP, soit 65 millions d’Euros, somme qui contribue au développement des prestations offertes par la RATP à ses clients. Ces 65 millions correspondent chaque année à l’acquisition de 300 autobus dernier modèle, ou de 20 rames de métro, ou à la rénovation d’une centaine de stations. Ce n’est pas rien.

3) Vous jetez l’opprobre sur la publicité en faisant de cette technique de communication le « bouc émissaire d’où viendrait tout le mal ». Il me serait facile de vous répondre que les pays où il n’y a pas de publicité ne sont pas ceux où il fait bon vivre. La publicité permet aux consommateurs d’être informés de l’existence de produits dans tous les domaines et leur laisse le libre choix. En fait vous contestez le modèle de société dans lequel nous vivons ce qui est parfaitement votre droit et je n’ai nulle intention d’engager un débat sur ce sujet bien que je pourrai abondamment et positivement justifier le rôle de la publicité dans notre société et les efforts des entreprises dans le domaine de développement durable.

Nous vivons dans une société de liberté(s) et celle du commerce et de l’industrie est garantie depuis la Révolution française. La publicité fait partie de cette liberté et grâce à l’exposition des produits qu’elle présente elle permet à l’économie de continuer à se développer et à chacun de nous de vivre mieux. Que seraient les coûts des produits aussi banaux que la machine à laver sans la production de masse ?

Vous avez parfaitement le droit, et je respecte votre opinion, de ne pas être d’accord avec moi. Nous avons la chance de vivre en démocratie Ce qui n’est pas acceptable, en revanche, c’est la violence et les actions de justicier où chacun agit sans respecter le droit des autres. Je pense par exemple que vous n’êtes pas favorable à la trop grande place de 1’ automobile en ville. Allez-vous pour autant brûler les voitures ?

Enfin, j’ai dit dans un article récent que sans être d’accord (loin s’en faut) avec ceux qui contestent l’expression publicitaire je trouve l’interpellation respectable et utile.

Elle permet de ré-intérroger la philosophie du marché, des entreprises et l’expression de certaines campagnes. Je suis donc fermement partisan du débat et suis prêt pour ma part à accepter toute réflexion et à prendre en compte les suggestions réalistes et compatibles avec la préservation de nos actifs et le développement de nos sociétés. Au passage savez vous que Métrobus emploie un millier de personnes de façon directe et presque autant de façon indirecte ?

Je vous prie de croire, Monsieur le Président, à l’assurance de ma considération distinguée.


LETTRE DES AMIS DE LA TERRE PARIS AU PRÉSIDENT DE PUBLICIS

Monsieur Maurice Lévy
Président de Publicis

Monsieur le Président,

A la suite de l’action en justice intentée à l’égard de 62 personnes à qui la société Métrobus, filiale de Publicis, demande près d’un million d’euros de dommages et intérêts, je me permets, au nom de l’association Les Amis de la Terre Paris, de vous faire part de notre très grande préoccupation.

Les Amis de la Terre Paris n’ont ni appelés ni participé de quelque manière que ce soit aux actions d’expression sur les affiches publicitaires que votre groupe reproche à ces personnes.
Je souhaite néanmoins attirer votre attention sur la disproportion manifeste entre les sommes plusieurs fois supérieures aux revenus de toute une vie qui leur son réclamées et la situation matérielle de ces citoyens souvent très modeste. Ces poursuites démesurément répressives éclairent l’activité de Publicis sous un jour très défavorable. Elle laisse en effet penser que votre groupe est prêt à lancer les actions les plus agressives à l’encontre de personnes qui seraient susceptibles de questionner certains de ses intérêts, aussi limités, à l’échelle de Publicis, qu’ils puissent être.

Ce harcèlement judiciaire est d’autant plus choquant que les « barbouillages » qui justifieraient, selon Publicis, cette action, posent des questions légitimes sur la dégradation croissante du service public des transport en terme de cadre de vie, de développement durable et de liberté d’expression.

La dégradation de la qualité du cadre de vie des usagers des transports publics parisiens est manifeste depuis quelques années avec l’explosion des sollicitations commerciales dont ils sont l’objet. L’omniprésence de la publicité sous des formes sans cesse plus diversifiées et agressives confine au harcèlement des usagers qui n’aspirent qu’à voyager efficacement et paisiblement.

De plus, nombre de messages imposés aux clients de la RATP font souvent l’apologie de comportements et habitudes aux antipodes du développement durable en terme, notamment, de consommation (biens jetables plutôt que durables), de transports (avions, automobiles), d’agriculture (production industrielle plutôt que biologique), de santé (aliments saturés en sucres…) ou de démocratie (promotion de pays dont les régimes sont autoritaires)…

Enfin, l’action des « barbouilleurs » pose une question qui révèle de l’exercice de la démocratie. De fait, les supports de communication marchande qui tapissent les murs et, de plus en plus, le matériel roulant de la RATP, ne laissent aucun espace de communication citoyenne libre en réponse aux messages commerciaux pourtant souvent très contestables.

Face à ces questions fondamentales tant pour la citoyenneté des Franciliens que pour les objectifs du développement durable qu’ils poursuivent, les Amis de la Terre Paris, vous demandent de revenir sur l’action en justice choquante que vous avez engagée à l’encontre de 62 citoyens et, avec la RATP, d’ouvrir une concertation approfondie sur la place et la nature de la publicité sur votre réseau.

En espérant que vous prendrez ces préoccupations en considération, je vous prie de croire, Monsieur le Président, à toute ma considération.

Claude Bascompte
Président des Amis de la Terre Paris