Legs aux Amis de la Terre
13 avril 2020

Sortir de la crise, mais pas à n’importe quel prix

Afin de garantir la solidarité avec les plus vulnérables et de construire la résilience de notre société face aux futurs chocs, les Amis de la Terre France et ses associations affiliées Reclaim Finance, Résistance à l’Agression Publicitaire et Canopée détaillent les mesures indispensables à un plan de sortie de crise.

La réponse à la crise doit passer par la justice fiscale et non par l’exploitation des travailleuses et des travailleurs

Le Medef, avec ce qui semble être le soutien du Gouvernement, mise sur une relance par la surproduction, dans tous les secteurs y compris les plus polluants, pour rembourser la dette publique. En plus d’être incompatible avec la lutte contre les changements climatiques, elle repose sur l’allongement du temps de travail hebdomadaire des salariés, pour une rémunération probablement moindre, et la baisse des congés payés. Faire payer aux salariés le coût d’une crise qu’ils n’ont pas provoqué et alors qu’ils ont déjà beaucoup souffert plutôt que d’agir sur l’évasion et la fraude fiscales ainsi que sur la politique monétaire de la banque centrale européenne serait une faute majeure tant d’un point de vue social que climatique.

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Nos demandes par secteur

Protéger les travailleurs et les travailleuses

  1. Ne pas augmenter la durée du temps de travail.
  2. Abandonner la réforme des retraites.
  3. Créer des emplois via un plan de transformation axé sur la transition écologique et la relocalisation d’une partie de la production.
  4. Assurer des droits au chômage prolongés pour les salariés des entreprises fermées, en faillite et des secteurs polluants restructurés, des accompagnement des salariés des secteurs polluants vers les secteurs de la transition, un revenu augmenté pour les travailleurs précaires (temps partiels, auto-entrepreneurs, étudiants) et les destinataires des minima sociaux.

Mettre fin au dogme du libre-échange international

  1. Stopper toutes les négociations commerciales qui se poursuivent encore à l’Organisation mondiale du commerce, ainsi qu’au niveau bilatéral, en utilisant les technologies virtuelles.
  2. Abandonner le mécanisme d’arbitrage entre investisseur et Etat (“ISDS”) qui pourrait être utilisé par des multinationales pour demander une compensation financière aux Etats ayant mis en place des mesures pour lutter contre la crise sanitaire.
  3. Supprimer tous les obstacles, y compris les règles de propriété intellectuelle, dans les accords existants qui empêchent un accès rapide et abordable aux fournitures médicales, telles que les médicaments, les appareils, les diagnostics et les vaccins vitaux, et la capacité des gouvernements à prendre toutes les mesures nécessaires pour faire face à cette crise.

Sortir de l’agriculture industrielle

  1. Limiter drastiquement les épandages d’engrais dans l’agriculture pour lutter contre la pollution aux particules fines qui aggravent les maladies respiratoires et pourraient contribuer à la propagation du coronavirus.
  2. Acter une révision de la fiscalité environnementale sur les engrais chimiques qui contribuent à la pollution de l’air et à la crise climatique.
  3. Abandonner tout plan d’investissement de l’État dans l’agriculture de précision basée sur des technologies coûteuses et énergivores.
  4. Renforcer les exigences environnementales de la prochaine politique agricole commune (PAC) en s’appuyant sur le Green Deal européen pour soutenir l’agriculture paysanne pour plus de relocalisation et de résilience du système alimentaire.
  5. Accélérer la mise en œuvre de la stratégie nationale de lutte contre la déforestation importée pour lutter contre la dégradation des écosystèmes forestiers qui favorise l’émergence de nouvelles maladies.

Sortir du cercle vicieux de la surproduction

  1. Réduire les niveaux de mise en marché et relocaliser en partie de la production dans le textile, le bâtiment et l’électronique.
  2. Stopper l’ouverture de nouvelles zones commerciales et entrepôts du e-commerce.
  3. Interdire la publicité sur les produits et services polluants.
  4. Limiter la présence publicitaire dans l’espace public.
  5. Limiter la présence publicitaire dans les médias privé et interdire les publicités dans l’audiovisuel public grâce à un nouveau système de financement.
  6. Ne pas développer la 5G en France, plafonner la qualité des vidéos.
  7. Taxer les hébergeurs de données dont les data centers ne sont pas approvisionnés à plus de 50% en énergies renouvelables.

Mettre la finance au service du climat et de la justice sociale

  1. Interdire aux entreprises le  versement de dividendes, le rachat d’action et les bonus aux PDG en 2020.
  2. Imposer des conditions écologiques et sociales à l’octroi d’aides publiques aux grandes entreprises.
  3. Construire une politique monétaire et prudentielle au service du climat et de la justice sociale.
  4. Réguler les activités des banques dans le secteur des énergies fossiles.
  5. Mettre fin aux subventions publiques aux énergies fossiles.
  6. Transformer réellement la banque européenne d’investissement en banque européenne du climat pour un plan de relance vert et solidaire en Europe.
  7. Mettre en place un moratoire sur la dette des pays les plus pauvres.
  8. Débloquer des fonds à l’international pour aider les populations les plus vulnérables à faire face à la crise.

Réduire le trafic aérien

  1. Aucune aide d’Etat ne doit être versée au secteur sans être assortie d’objectifs clairs de réduction du trafic aérien et d’outils pour leur mise en œuvre, via des quotas notamment.
  2. Pas un euro d’argent public, y compris via les banques publiques européennes, ne doit être versé pour construire de nouvelles infrastructures ou augmenter la capacité de celles existantes.
  3. L’exonération fiscale sur le kérosène doit être abandonnée et une fiscalité dissuasive pour accompagner la réduction du trafic aérien doit être mise en place, notamment pour les vols intérieurs lorsqu’une alternative moins polluante existe.
  4. L’exclusion de l’utilisation des biocarburants de première génération, et notamment des dérivés d’huile de palme doit être actée.
  5. Le recours à des crédits carbone forestiers pour compenser les émissions du transport aérien ne doit pas être admis.

Lutter contre l’influence des lobbies

  1. Limiter très fortement les possibilités d’interaction entre les lobbies des secteurs les plus polluants et les décideurs politiques.
  2. Eviter les conflits d’intérêt : fini le pantouflage pour passer d’un ministère ou de l’administration à une entreprise privée !
  3. Rejeter les partenariats entre les lobbies des secteurs les plus polluants et les institutions publiques (sponsoring, plateforme d’échanges, dons aux partis ou candidat.e.s etc.).