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4 octobre 2020

Dijon, ville verte ??? Interrogations et propositions de citoyen.ne.s 

Que manque-t'il à Dijon, pour gagner le titre de "Capitale Verte Européenne ? Lettre ouverte envoyée au jury européen pour le label "capitale verte européenne"

Depuis quelques semaines la mairie communique à grand renfort d’affiches  et d’annonces sur le net. Mais quel est donc ce message à destination des dijonnais en ces temps de pandémie ? Il s’agit de soutenir la candidature de Dijon au titre de “Capitale Verte Européenne”.
En tant que citoyens plus intéressés par la réalité des actions réalisées que par les effets d’annonce, nous nous interrogeons sur cette candidature et souhaitons ici partager nos réflexions. Ces quelques points étant non exhaustifs car notre lettre serait alors surement trop longue.

Biodiversité et usage du sol – L’urbanisation galopante à l’oeuvre depuis des années élimine systématiquement toute trace végétale des rues : plus de 140 hectares ont été artificialisés depuis l’an 2000 à Dijon. Résultat, le centre-ville est devenu un grand îlot de chaleur, idem pour de nombreux quartiers où se multiplient à une allure accélérée, les “éco-quartiers”, “les résidences vertes” le nouveau nom donné ici aux immeubles d’habitations. Cette problématique est telle qu’une pétition a été lancé par une citoyenne : elle rassemble déjà plus de 18.000 signatures ! (1) Il faut à tout prix que la mairie cesse de bétonner et d’artificialiser les terres pour que les dijonnais puissent imaginer les étés caniculaires à venir sereinement.
L’ambition métropolitaine entraîne un développement de la Ville qui n’est pas cohérent avec un objectif de transition écologique ; alors que la population augmente très peu et stagne aux alentours de 150 000 habitants depuis 1970, un programme pléthorique de construction de nouveaux logements est en cours. L’idée n’étant pas de répondre à une demande mais de la créer, pour compter davantage d’habitants, et ceci au détriment de tout espace vert ou non construit et donc au détriment des habitants et de la biodiversité locale.

Agriculture et alimentation – Si la part de produits biologiques et locaux dans la restauration collective devient une préoccupation pour la mairie, et nous l’encourageons dans ce sens, Dijon ne peut prétendre à viser un semblant d’autonomie alimentaire. En cause encore une fois la bétonisation à outrance. La mairie doit soutenir les réalisations citoyennes – comme l’incroyable action des Jardins du Coeur où se développe solidarité et légumes bios – plutôt que de les expulser pour construire une route. Nous pouvons aussi évoquer le potager des Lentillères, mondialement référencé, qui offre tous les jeudis des légumes bios, locaux, à prix libre et qui est dans la ligne de mire de la mairie. Le projet TIGA (Territoire d’Innovation de Grande Ambition, un autre label que Dijon vient de décrocher) nous inquiète particulièrement au vu des objectifs et des partenaires énoncés : Dijon Céréales, Orange, Seb… pour “élaborer un système viable et durable, favorisant les filières agroalimentaires et la consommation locale”. Une note du Réseau Action Climat alerte contre cette agriculture de précision qu’elle qualifie “aux antipodes de la transition écologique et sociale” (2)

Transports, mobilité – Saluons l’arrivée du tram il y a quelques années et la piétonnisation du centre historique, mais à l’heure de la Loi d’Orientation sur les Mobilités et au vu de l’augmentation importante des usagers du vélo, la mairie n’est pas non plus au rendez-vous. De nombreuses pistes utilisent une partie de la voie initialement réservée aux voitures et sont de ce fait dangereuses pour l’ensemble des usagers.

Déchets – De nombreux citoyens s’emparent du compostage collectif mais la mairie ne leur donne pas les moyens d’exister et de développer réellement ce potentiel de réutilisation de la matière vivante.
Au niveau de la ville, la gestion des déchets a été déléguée à Suez qui souhaite s’engager dans la voie du traitement par méthanisation, ce qui nous parait également très discutable au vu des problèmes majeurs que cela pose (la matière qui ressort du méthaniseur est une matière morte, problèmes d’hygiène souvent constatés dans les villes où Suez a développé cette filière (3).
Par ailleurs aucune véritable politique de réduction des déchets à la source n’est mise en place ou même pensée. Les quelques projets qui existent au niveau local sont impulsés par des citoyens et ne sont pas soutenus comme il se devrait par la mairie.

Eau – La mairie a délégué la gestion de la régie d’eau à Suez depuis des années et vient de renouveler ce contrat.
Une nouvelle société, mixte, a été crée, mais la firme y reste majoritaire et on peut douter de sa volonté de tenir compte des impératifs écologiques et sanitaires.
Cette délégation de pouvoir est largement décriée depuis des années par les citoyens et à chaque occasion des conflits d’intérêt sont soulevés. Le prix de l’eau à Dijon est élevé et il est impossible aux citoyens de savoir pourquoi en raison d’une totale opacité.  Une régie municipale ou une SCIC tiendrait davantage compte des besoins et des intérêts des usagers.

Gouvernance : si la Ville a mis en place un système de démocratie participative, c’est dans une logique descendante, le débat n’y a pas sa place. Si les commissions de quartiers peuvent initier l’implantation d’un composteur, les projets de grande ampleur et qui impacteront fortement notre quotidien, comme le TIGA, sont montés sans que les acteurs (citoyens, associations, GFA, filière BIO …), déjà impliqués sur le terrain soient contactés ni consultés.
Dijon développe de nombreuses plateformes numériques, ce qui déshumanise les liens entre la Ville et ses habitants et entraîne une consommation d’énergie importante.

Enfin, nous savons que l’implication et le soutien des habitants constitue également un critère d’appréciation important des différentes candidatures.
A Dijon, la mairie met en avant les soutiens reçus sur le site dédié à la candidature. Nous vous invitons à lire les commentaires libres laissés par les habitants en réaction à la bannière de promotion massivement envoyée aux dijonnais sur leur compte facebook. 545 commentaires publiés à ce jour (4)
Ces commentaires sont quasiment exclusivement constitués de critiques fortes, pointant notamment le fait que la ville de Dijon ne peut pas mériter le titre de Capitale Verte Européenne alors même que mairie est engagée dans une politique de bétonisation effrénée.
En annexe un florilège de ces commentaires, qui donne une bonne idée de leur tonalité générale. (PJ1)

Ces critiques unanimes sont à mettre en relation avec les très nombreuses observations formulées par les dijonnais dans le cadre de l’enquête publique du PLUIHD (Plan Local d’Urbanisme Intercommunal Habitat Déplacement) de Dijon Métropole en 2019.
Déjà, les habitants dénonçaient les graves insuffisances en matière d’écologie et d’environnement dans le projet de PLUIHD. Mais la Métropole n’avait tenu quasiment aucun compte des observations des habitants, ne retouchant qu’à la marge le projet de PLUIHD pourtant largement rejeté par la population.
Il nous semble utile de porter à votre connaissance un extrait du rapport du commissaire-enquêteur, qui présente une synthèse des milliers d’observations adressées par les habitants (PJ2).

Pour toutes ces raisons, nous nous interrogeons. Car la plupart des arguments utilisés par la mairie sur son site “Dijon Capitale Verte Européenne” sont du fait d’initiatives citoyennes et ces initiatives ne sont que très rarement soutenues par la mairie ou alors au minima (compost, pollution atmosphérique, éducation et sensibilisation aux enjeux environnementaux, circuits courts,…)

Nous encourageons donc notre ville a être vraiment une ville verte, et au-delà de la publicité et même de ce label, à rayonner par les actions qu’elle engagera concrètement sur le territoire et avec ses habitants. Ce qui, aujourd’hui, n’est pas le cas.