Comme l’écrit Isaac, ne perdons pas espoir et courage. Ánimo !
C.
Adishatz a totas e tots
Maishant temps !! (sale temps en français)
D’abord une pensée pour nos adhérents qui ont dû être évacués de chez eux. Nous espérons que vous pouvez rentrer le plus tôt possible chez vous et sans dégâts. Une pensée aussi pour nos adhérents agriculteurs qui voient leurs plantations et récoltes cramer sur pieds. Une pensée aussi pour les Amics de la Terra proches et lointains qui ont dû fermer leurs fenêtres de l’Aude au Limousin, voire porter un masque pour se protéger d’un air pollué et chargé de particules fines.
Malheureusement, ce ne sont pas les quelques heures de « fraîcheur » actuelles qui vont changer grand chose. La chaleur revient en force !
Une pensée aussi pour les pompiers mais avec une remarque. Lors du COVID certains applaudissaient les infirmières ; là il est demandé d’applaudir les pompiers. Très bien, applaudissons. Mais une fois la crise passée, n’oublions pas de les soutenir, les uns et les autres, lorsqu’ils se battent pour obtenir des conditions de travail dignes et pour pouvoir effectuer correctement leur mission. Extrait d’un tract des pompiers landais du SDIS (Service départemental d’incendie et de secours).

Applaudir c’est bien, mais défendre les services publics et soutenir les demandes des pompiers, du personnel médical – et des salariés en général – c’est mieux !
L’élan de solidarité de beaucoup de gens en particulier de simples citoyens montre que tout n’est pas perdu chez les Humains. Mais une question dérangeante se pose toutefois :
Faire preuve de solidarité APRÈS, c’est indispensable. Mais au lieu d’attendre que notre inaction ne provoque ces catastrophes, si on faisait preuve de solidarité AVANT ???
Face à cette catastrophe annoncée, aujourd’hui, pour beaucoup d’écologistes, c’est un mélange de tristesse et de colère.
– Colère, parce que chaque fois que nous, écologistes, avons depuis 40 ans tiré la sonnette d’alarme, on nous a ridiculisés ou bien reproché notre « catastrophisme ». Ce qui n’empêchait pas Sud-Ouest de titrer (en 2022 !!!) :

(Titrer « l’incendie du siècle » en 2022, lorsqu’il restait encore 78 années avant qu’il ne se termine, c’est un peu osé, non ?) Aujourd’hui les gros titres parlent d’ »Apocalypse », rien que ça… Et dans un mois ou un an, il leur restera quoi comme mots ?
– Colère, parce que chaque fois que nous, écologistes, avons proposé des mesures préventives pour diminuer notre impact écologique sur la nature, nous avons eu droit à l’argument massue : « Ecologie punitive ! ». Alors soyons clairs :
« Ce n’est pas l’écologie qui est punitive, mais la nature lorsqu’on ne la respecte pas ! ».
Mais que sont ces restrictions, ces renoncements, ces changements d’habitudes, ces sacrifices financiers (pour les plus riches d’abord) que proposent les écologistes, comparés aux conséquences de la crise écologique avec sa facette la plus visible, la crise climatique ?! Un exemple : 77% des terres agricoles sont destinées à l’élevage et servent à ne produire qu’un ridicule 18% des protéines mondiales. Ce serait vraiment si grave de manger un peu moins de viande et plus de protéines végétales ?
– Colère de voir tant d’élus s’obstiner dans des schémas de pensée d’un siècle passé, alors que la majorité de nos villes, de nos infrastructures, de nos activités ont été construites et conçues pour un autre climat et sont totalement inadaptées aux nouvelles conditions climatiques.
– Colère de voir que des moyens précieux sont gaspillés par exemple dans de Grands Projets inutiles comme le projet de Ligne à Grande Vitesse, Bordeaux-Toulouse-Dax. Pourtant ces milliards seraient tant nécessaires pour remettre en état le réseau ferré actuel et l’ ADAPTER aux nouvelles conditions climatiques, pour isoler maisons, écoles, hôpitaux, etc… Ou encore le projet ECHO qui doit coûter près de 2 milliards € !!! Ce projet – et d’autres prévus dans le coin : RESTART, Nacre – devraient produire du kérosène « vert » pour les avions. Ces usines auront besoin de milliers de tonnes de bois. Entre les incendies, les 2 millions d’arbres qui seront détruits par la future LGV et ces projets de carburants verts, il n’y aura bientôt plus d’arbres… ni d’argent pour des mesures écologiquement urgentes et socialement sensées.

– Colère de voir comment, sous prétexte de lutte contre les changements climatiques, spéculation et affairisme effrénés se développent, en particulier avec les énergies renouvelables et le nucléaire.
– Colère de voir comment les communes littorales accordent des dizaines de permis de construire pour de nouveaux lotissements souvent au milieu de la forêt (mitage).
– Colère de voir comment le Droit de l’Urbanisme et de l’Environnement ont été affaiblis et comment les droits des associations et des citoyens ont été fortement rognés pour faciliter n’importe quelle opération immobilière ou implantation industrielle.
– Colère de voir combien de textes protégeant l’environnement sont détricotés pour pouvoir mieux polluer, bétonner, goudronner, saccager les milieux naturels.
– Colère contre cette Loi d’urgence agricole. Depuis des années, le complexe agro-industriel mondial nous mène dans une impasse agronomique, écologique et sociale. Mais les industriels, les fonds d’investissement et les grands agri-managers continueront tant qu’il y aura encore un dollar ou un euro à gagner. Et qu’importe que ce soit au prix d’une immense casse sociale dans le milieu agricole ! Qu’importe que cela aggrave encore la crise écologique ! Face à la crise écologique et climatique nous devons repenser l’agriculture, nous devons aussi repenser la forêt, mais ce doit être l’affaire de TOUTE la société.
– Colère contre les média aux mains des quelques milliardaires qui dirigent ce pays, media qui diffusent une vision erronée du monde.
Derrière le déni climatique, on trouve la volonté de prolonger l’espérance de vie d’un monde qui n’existe plus et d’un système économique caduque.
Tristesse devant ce spectacle de désolation, ces maisons détruites, devant la détresse de nos concitoyens. Tristesse devant ces forêts et ces plantations de pins calcinées (NB : une plantation n’est pas une forêt). Tristesse devant ces paysages détruits pour plusieurs générations, tristesse pour toute la faune disparue.
Et tristesse pour les générations qui nous suivent…
Nos voisins aussi sont actuellement très touchés par les incendies (77 000 ha brûlés). Comme en France, la droite et surtout l’extrême droite nient les changements climatique. Le pompon revient à la Présidente de la communauté de Madrid, Isabel Diaz Ayuso qui a affirmé que « la lutte contre le changement climatique favorise le communisme » . Quand au leader de l’extrême droite, il a déclaré que « parler de changements climatique, c’est politiser les incendies ». Il a aussi affirmé que les incendies étaient dus à l’éco-fanatisme des écologistes qui interdisaient de nettoyer les forêts… En France, on a eu droit aux éco-terroristes et maintenant aux « écolos contre la climatisation »… Décidément, en Espagne, Franco est vient vivant et malheureusement, en France son acolyte Pétain reprend de la vigueur…

Voici l’édito paru dans El Diario d’un journaliste espagnol, Isaac Rosa qui parle de sa fille, un édito dans lequel certains d’entre vous se retrouveront.
Nous, mères et pères, voyons grandir nos enfants, au milieu d’une crise climatique qui prend peu à peu la forme d’une urgence climatique : sans personne aux commandes, sans plan pour y faire face, sans le temps ou presque d’essayer de faire quelque chose pour y palier, sans même tirer les leçons d’un été à l’autre.
Je devrais parler des gigantesques incendies qui ravagent le centre de la péninsule, avec des dizaines de milliers de personnes déplacées, du feu qui fait rage à Castelló, et des incendies sans précédent dans le sud de la France, avec plus de 220 000 personnes évacuées… Mais ce week-end, ma plus jeune fille, Elvira, a fêté ses quinze ans, et ce sont des jours de bonheur ; laissez-moi mettre de côté les mauvaises nouvelles pendant un moment.
Ne vous attendez pas non plus à ce que je parle du fait que 2026 est déjà l’été le plus chaud jamais enregistré dans 35 provinces espagnoles, avec 114 records de température battus, dont 33 dans des chefs-lieux de province, alors que l’on annonce ce qui sera la quatrième vague de chaleur de l’été. On parlera de la crise climatique un autre jour, allez, là on est en pleine fête de famille, ce n’est pas tous les jours que ta fille fête ses quinze ans, un âge magnifique avec tout l’avenir devant elle.
Ah, l’avenir… Quand je pense à celui de mes filles, le titre de ce délicieux film d’Alain Tanner me vient à l’esprit, aujourd’hui assez tombé dans l’oubli, comme une grande partie du cinéma politique des années 70 : « Jonas, qui aura 25 ans en l’an 2000 », coécrit avec John Berger. Je me souviens l’avoir vu précisément en l’an 2000, alors que j’avais moi-même les 25 ans de Jonas, et cette coïncidence biographique a donné encore plus de sens à un film qui n’en a pourtant pas besoin, car il se suffit à lui-même : une histoire sur les désillusions révolutionnaires (celles de la génération de 68) mettant en scène des perdants, mais réalisée avec tant d’humour, de tendresse, d’émotion et de naïveté (toujours préférables au cynisme habituel), qu’elle finit par être un exercice de liberté, de désobéissance et de joie de vivre.
Le film date de 1976, et à l’époque, l’an 2000 représentait un avenir lointain et inimaginable, cette date qui servait de cadre aux films de science-fiction. Les parents de Jonas pansaient leurs blessures après la révolution qui n’avait pas eu lieu, mais un avenir prometteur attendait leur fils. Je fais partie de la génération de Jonas, et je repense à la façon dont mes parents, en pleine Transition [passage de la dictature à la démocratie] qui, comme 68, a connu son lot de désillusions, envisageaient eux aussi mon avenir avec optimisme.
Et l’avenir d’Elvira ? Ma fille est née en 2011, au plus fort de la crise économique et sociale, et aussi en pleine effervescence rebelle de ce mouvement du 15-M (le Nuit debout espagnol) dont on ne se souvient même plus. Ma Elvira fêtera ses 25 ans non pas dans un an 2000 de science-fiction, mais dans une année 2036 que l’on nous présente aujourd’hui sous un jour dystopique : les gros titres de ces derniers jours insistent sur le fait que « l’été du futur est déjà là », « un avertissement pour l’avenir », « la vague de chaleur qui préfigure l’avenir climatique de l’Europe », la possibilité que, d’ici quelques années, il soit normal d’atteindre les 50 degrés, et que ceux que nous voyons aujourd’hui soient « les incendies qui nous attendent », « l’ère des super-incendies ».
C’est ainsi que nous, mères et pères, voyons grandir nos enfants, en pleine crise climatique qui prend peu à peu la forme d’une urgence climatique : sans personne aux commandes, sans plan pour y faire face, sans presque plus de temps pour essayer de faire quelque chose, sans même tirer les leçons d’un été à l’autre (que ce soit en matière de prévention des incendies ou de climatisation des écoles), avec un gouvernement qui appelle à un pacte d’État pour lequel il est déjà trop tard, avec le négationnisme climatique qui gagne du terrain, et pas seulement à l’extrême droite. Et malgré tout, nous essayons de ne pas perdre perdre espoir. Courage. »
Comme l’écrit Isaac, ne perdons pas espoir et courage. Ánimo !
C.