Pour une sécurité Sociale de l’Alimentation (SSA)
A l’occasion de la conférence gesticulée organisée avec Matthieu Dalmais le 17/09/2026 à Antony, les ATVB reprennent ici les grandes lignes de ce concept qui intéresse de plus en plus et donne lieu à de multiples expériences locales.
Mathieu Dalmais, agronome engagé pour la souveraineté alimentaire et la transformation des systèmes de production agricole et alimentaire, a contribué à impulser le projet de Sécurité Sociale de l’Alimentation depuis 2019. Cette conférence permet de présenter les travaux autour de la SSA, projet aujourd’hui porté par un collectif d’organisations associatives, paysannes, syndicales…, de consommateurs, producteurs, élus…
La SSA propose d’étendre à l’alimentation le principe de cotisation qui existe aujourd’hui en France dans le domaine de la santé. L’idée étant d’offrir un accès universel à une alimentation de qualité. Avec un fonctionnement solidaire, entre les consommateurs et avec les producteurs, et démocratique, où les décisions sont prises sur un territoire, par les membres du groupe local.
Un système solidaire car chacun cotise selon ses revenus pour permettre aux familles les plus pauvres de subvenir a minima à leurs besoins, d’accéder à une alimentation choisie. Le budget collectif peut recevoir des subventions publiques et privées. Solidaire aussi avec les travailleurs, qui sont donc rémunérés à un prix juste, de la production jusqu’à la distribution.
La gestion est démocratique. Au sein de caisses locales rassemblant tous les intéressés, des consommateurs, des producteurs, des travailleurs ou des élus locaux, tout est décidé collectivement de manière transparente. Le montant de la cotisation, les critères appliqués pour choisir les produits et les producteurs conventionnés, les modalités de fonctionnement, sont donc variables selon les caisses.
La SSA permet aussi de respecter l’environnement par le choix de pratiques agricoles durables, de produits locaux ou de circuits courts.
Concrètement, chacun cotise en fonction de ses moyens (de 10€ à 200€par mois dans certains territoires), et tout le monde reçoit la même somme, sous forme de carte ou de tickets. Ce budget « recommandé » est autour de 150€ par mois et par personne, soit 5 euros par jour.
Quelques exemples : A Toulouse, la cotisation est libre a partir de 4€/personne, les versement sont de 100€ sur une Carte Vitalim (2 personnes max. par foyer). A Dieulefit, la cotisation est contrainte par un calcul, en partie lié à au revenu fiscal, le versement est de 100€/p + 50€/p supplémentaire au foyer. A Cadenet, la contribution se fait en investissement de temps bénévole, le versement est calculé en fonction des situations, jusqu »à 150€ par personne, en échange des tickets de caisse dépensés dans uniquement trois points de vente.
On ne peut pas acheter n’importe quel aliment avec ce budget alloué. Seuls les produits « conventionnés », désignés collectivement par la caisse locale sont accessibles : ce sont des produits frais ou transformés, répondant aux besoins des préférences alimentaires spécifiques (sans porc, végétarien, non allergènes, etc.) ou l’accès à la restauration collective publique (cantines, restaurants universitaires).
Des outils existent au niveau national, à retrouver sur le site national de la SSA.
Des fiches-outils crées par Civam/Vrac/SSA sont particulièrement intéressantes, qui retracent le parcours d’initiatives inspirées de la Sécurité Sociale de l’Alimentation partout en France. Elles visent à partager des retours d’expérience et à inspirer le développement d’initiatives similaires.
Chaque année, en France, en Belgique, en Suisse, des projets naissent, des collectifs se créent, qui s’inspirent des caisses locales de l’alimentation. Aujourd’hui, ils sont une cinquantaine, la plupart du temps dans des territoires où une dynamique existe déjà autour de la question de l’alimentation solidaire, parfois à l’initiative d’associations, parfois de collectivités.
Dans l’idéal et à plus long terme, la SSA serait intégrée au niveau national, dans le régime général de sécurité sociale. En attendant, multiplions et mutualisons les expériences !