méthanier en Arctique
Climat-Énergie
Communiqué de presse10 septembre 2021

Emmanuel Macron désavoue le projet de Total “Arctic LNG 2” mais doit passer de la parole aux actes.

Le Monde a révélé hier que la France pourrait ne pas soutenir Arctic LNG 2, le gigantesque projet gazier de Total en Arctique.

Après un an de mobilisation citoyenne et de tergiversation gouvernementale 1, les Amis de la Terre France, SumOfUs et 350.org demandent à Emmanuel Macron de s’engager formellement à ne pas accorder de garantie à l’export à ce projet, et de cesser tout soutien aux combustibles fossiles avant la COP26.

En septembre 2020, le journal Le Monde révélait 2 que la France s’apprêtait à soutenir en toute discrétion Arctic LNG 2, un nouveau projet gazier de TotalEnergies en Arctique russe, en lui accordant une garantie à l’export 3 de 700 millions d’euros. Au cœur d’une région qui se réchauffe trois fois plus vite que le reste de la planète 4, ce projet produira à terme l’équivalent de 27 fois la consommation française annuelle de gaz. 5 et profitera de la fonte des glaces pour exporter sa production en Europe et en Asie par la route maritime du Nord. L’extraction d’hydrocarbures et la construction des infrastructures associées dans un écosystème aussi fragile auront des conséquences irrévocables sur la biodiversité.

Depuis un an, ONGs et citoyens ont mené une campagne sans relâche auprès du gouvernement et d’Emmanuel Macron face à cette aberration climatique et environnementale 6. En mai, la mobilisation avait abouti à une spectaculaire remise de pétition, ayant recueillie 240 000 signatures, devant le Ministère des Finances, où les ONGs SumOfUs, 350.org et les Amis de la Terre avaient disposé d’immenses blocs de glace représentant les 700 millions d’euros de garantie considérés par le gouvernement 7.

Lors d’une réunion à huit clos avec huit directeurs d’ONGs, mardi 31 août, Emmanuel Macron, jusqu’ici resté silencieux face aux interpellations, a déclaré, en réponse à une nouvelle interpellation formulée par Khaled Gaiji, président des Amis de la Terre “ne pas souhaiter signer la garantie pour le projet de TotalEnergies”. Depuis, le Chef de l’État a évoqué la défense de l’Arctique à l’ouverture du congrès de l’IUCN sans engagement concret 8, et refuse de confirmer l’abandon du financement d’Arctic LNG2. 

“Le Gouvernement ne démontre aucune cohérence entre ses déclarations et ses actes. Alors que le Président Emmanuel Macron avait lui-même alerté que participer à la fonte des glaces de l’Arctique “nous tuerait” 9, c’est pourtant dans cette région extrêmement fragilisée par la pollution et le dérèglement climatique que l’État pourrait soutenir le nouveau projet aberrant de TotalEnergies. s’indigne Leyla Larbi, chargée de campagnes à SumOfUs. 

Le consensus scientifique est clair : le développement de nouveaux projets fossiles comme Arctic LNG2 est totalement incompatible avec un futur possible. La réponse politique doit donc l’être tout autant. Désormais, plus de 240 000 personnes attendent une réponse sans ambiguïté de la part du gouvernement.”, conclut Clémence Dubois, porte-parole pour 350.org

Anna Léna Rebaud

« Il est scandaleux d’entretenir volontairement le flou sur une décision si importante et qui devrait être évidente. L’urgence climatique ne donne pas le luxe de tergiverser projet par projet. Au-delà de l’abandon d’Arctic LNG 2, le gouvernement doit mettre fin à tout soutien public aux énergies fossiles avant la COP26, comme l’a fait le Royaume-Uni en mars »

Anna-Lena Rebaud
chargée de campagne aux Amis de la Terre France

La politique française en matière de financement export est largement insuffisante face à l’urgence climatique 10. Alors que nous devrions diminuer la production de gaz de 3% par an 11, la France pourrait la soutenir pendant encore quinze ans.

Notes
3

En effet, via Bpifrance, la banque d’investissement publique, la France peut se porter garante des financements accordés par les banques privées et les investisseurs à des entreprises françaises jugées stratégiques. Depuis 2009, l’Etat a ainsi garanti des projets gaziers et pétroliers à hauteur de 9,3 milliards d’euros. Rapport du gouvernement au Parlement, “Propositions de pistes de modulation des garanties publiques pour le commerce extérieur”, 2019, p.9.

 

5

Le projet prévoit d’exploiter l’équivalent de 7 milliards de barils de pétrole. Voir le communiqué de Total. La France consomme 40,7 milliards de m3 de gaz chaque année (source), soit 262 millions de barils équivalent pétrole (bep).

8

Cérémonie d’ouverture du congrès de l’IUCN, 3 septembre 2021, à partir de 2h15

 

10

Décryptage du plan climat sur les financements exports, Les Amis de la Terre, 29 octobre 2020.

 

11

UNEP, Production Gap Report 2020, 2 décembre 2020.