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Multinationales
8 mars 2019

Multinationales et droits humains : l’hypocrisie européenne

Les abus des multinationales européennes démontrent le besoin d’un traité international contraignant. Nous publions aujourd’hui la version finale des 16 études de cas accompagnant notre rapport Impunité « made in Europe ».

De la délocalisation de la production textile dans des usines meurtrières au Pakistan à la construction de grands barrages destructeurs en Éthiopie et au Brésil, de l’exportation de produits agrochimiques toxiques en Inde à la pollution, aux conflits sociaux et à l’accaparement des terres engendrés par leurs projets miniers ou énergétiques, les multinationales européennes sont la cause de nombreuses violations des droits humains et de l’environnement à travers la planète.

Publication
Union Européenne
Rapport

Impunité made in UE

Des organisations de la société civile et des médias d’Europe ont uni leur forces, dans le cadre du réseau ENCO, avec des alliés du Sud, pour documenter certains des abus les plus emblématiques de grandes entreprises européennes comme Shell, Syngenta, Engie, Salini, G4S ou Volkswagen, aussi bien chez elles qu’ailleurs dans le monde. Ces études de cas montrent à quel point ces violations sont souvent facilitées par les politiques publiques de l’Union européenne dans le domaine du commerce international, du climat ou de l’accès aux matières premières. Et comment les multinationales du vieux continent utilisent la RSE et autres mécanismes volontaires pour éviter d’avoir à rendre des comptes sur les impacts de leurs activités.

Les enseignements de ces études de cas sont cruciaux dans le contexte des négociations actuelles, au sein du Conseil des droits de l’homme des Nations unies, en vue d’un traité international sur les entreprises multinationales qui inclurait des dispositions véritablement contraignantes, par opposition aux mécanismes volontaires privilégiés par le secteur privé et la plupart des gouvernements occidentaux.

L’Union européenne, alliée des multinationales ?

L’Union européenne cherche à entraver tout progrès vers des normes juridiquement contraignantes nouvelles et ambitieuses. Elle promeut à la place un modèle basé sur des mécanismes non contraignants et sur une implication de plus en plus étroite du secteur privé dans l’élaboration des normes qui s’appliquent à lui.

Aujourd’hui, alors que la présidence de ce groupe de travail présente son rapport au Conseil des droits de l’homme de l’ONU, nous publions la version finale des études de cas rédigées pour notre rapport d’octobre 2018 par une douzaine d’organisations européennes et deux organisations d’Argentine et de Zambie.

Les dirigeants politiques et économiques européens cultivent une image de respectabilité, qu’ils cherchent à opposer aux pratiques de leurs concurrents d’autres régions du monde. Ces études de cas dévoilent la réalité moins reluisante qui se cache derrière cette façade de responsabilité : une tendance inquiétante à « externaliser » les pires impacts environnementaux et sociaux des multinationales européennes et de la consommation des Européens dans les pays du Sud, à travers délocalisations, marchés carbone et dumping social et environnemental.

En quelques semaines seulement, plus d’un demi-million de citoyens européens ont exprimé leur soutien à un traité international ambitieux pour les multinationales à travers l’initiative citoyenne européenne « Des droits pour les peuples, des règles pour les multinationales » (3). Il est temps que l’UE réponde à leur demande et cesse de bloquer le processus onusien : mobilisez-vous aussi !

Seul un traité international ambitieux sur les multinationales et les droits humains peut les mettre face à leurs responsabilités et assurer l’accès à la justice des personnes et des communautés affectées – et du même coup permettre des avancées réelles en matière de promotion des droits humains et de lutte contre le changement climatique, au lieu de permettre aux entreprises de se défausser de leurs responsabilités et de se cacher derrière un masque de « responsabilité sociétale ».

Découvrez les études de cas complètes (en anglais)