Charbon : deux ans de discussions à l’OCDE pour un accord au rabais

Montreuil – mercredi 18 novembre 2015 – A 12 jours de la COP21, les Etats membres de l’OCDE viennent d’adopter un accord qui réduit les soutiens au charbon de leurs agences de crédit aux exportations. Les Amis de la Terre et urgewald saluent ce premier pas qui arrive enfin après deux ans de discussions laborieuses, mais soulèvent les nombreuses limites d’un accord loin de répondre à l’urgence climatique.

Après près deux ans de discussions, les pays membres de l’OCDE viennent enfin d’aboutir à un accord concernant la réduction de leurs soutiens aux centrales à charbon à travers leurs agences de crédit aux exportations. Cet accord arrive un jour après que le G20 ait réitéré sa volonté de supprimer les subventions jugées inefficaces aux énergies fossiles (2) et à seulement 12 jours de l’ouverture de la COP21. Mais si c’est un premier pas dans la bonne direction, l’accord ne couvre que les centrales à charbon et ignore les soutiens aux mines et infrastructures de charbon. Il reste donc très insuffisant au regard des mesures indispensables pour résoudre la crise climatique.

« Il faut garder à l’esprit que les agences de crédit aux exportations de l’OCDE représentent près de la moitié des soutiens publics au charbon à l’international » (3) souligne Lucie Pinson chargée de campagne Finance privée / Coface aux Amis de la Terre. « En mettant fin à ces aides, les pays membres de l’OCDE auraient pu saper la base financière qui maintient en vie une industrie sur le déclin tout en prenant enfin acte de leurs responsabilités dans les changements climatiques. Mais l’éléphant a accouché d’une souris puisque l’OCDE a décidé que l’argent public pourra toujours être utilisé pour aider la construction de nouvelles centrales à charbon et aggraver la crise climatique ».

Selon l’Agence internationale de l’énergie, limiter la hausse de la température du globe en-dessous des 2°C nécessite non seulement de ne plus construire de nouvelle centrale à charbon mais aussi de fermer les deux tiers du parc existant d’ici 2035. Or si l’accord limite le financement des pires centrales presque partout, il ignore totalement la question des centrales ultra supercritiques, principalement à cause de la résistance de pays extrêmement conservateurs comme la Corée du Sud et l’Australie qui n’ont fait que tirer vers le bas les discussions et compromis discutés.

" Dans un monde où toute nouvelle centrale à charbon renforce la crise climatique, l’OCDE apparaît comme une enceinte supplémentaire où les pays développés ferment les yeux devant l’urgence climatique et leur devoir d’adopter les solutions à la crise dont ils sont les principaux responsables " déclare Kate De Angelis, analyste Politique internationale aux Amis de la Terre Etats-Unis.

« Une des principales limites de l’accord est qu’il ne porte que sur les soutiens à l’export octroyés dans le cadre de l’Arrangement de l’OCDE et ignore ceux pourtant massifs octroyés hors de ce cadre par les mêmes agences de crédit aux exportations. Nous attendons des pays membres de l’OCDE, à commencer par le Japon, qu’ils appliquent cet accord à toute transaction charbon. Nous suivrons de près l’application de cet accord et ne manquerons pas de faire état publiquement de toutes les futures transactions dans lesquelles les Etats membres s’aventureront » ajoute Regine Richter, chargée de campagne Institutions Financières Internationales à urgewald en Allemagne.

Enfin, une autre limite de l’accord est son entrée en vigueur repoussée à 2017 alors qu’il est urgent de mettre un terme aux financements non seulement au charbon mais aussi aux autres énergies fossiles. Parce que le monde de paix et de solidarité pour lequel les Amis de la Terre se battent ne pourra advenir sans la sortie des énergies fossiles, nous appelons les Etats à prendre des mesures dès maintenant de manière unilatérale tout comme la France a eu le courage de le faire en décidant la fin des soutiens de la Coface aux centrales à charbon non équipées d’un processus de capture et de stockage du carbone.

(1) L’accord qui a fuité à la suite de son adoption sera rendu public dans les jours à venir.
(2) La déclaration du G20 est disponible ici : https://g20.org/g20-leaders-commenced-the-antalya-summit/
(3) Avec 4,3 milliards de dollars par an de soutiens, les agences de crédit des pays de l’OCDE représentent 47% des soutiens financiers publics à l’international au charbon sur la période 2007-2014. D’après le rapport Under the Rug de NRDC, WWF et Oil Change international, disponible ici : http://priceofoil.org/content/uploads/2015/05/Under_The_Rug_NRDC_OCI_WWF_Jun_2

Contact presse :
Pierre Sagot, chargé de communication, les Amis de la Terre, communication@amisdelaterre.org 0686415343

Contacts interviews :
Lucie Pinson, chargée de campagne Finance privée, Amis de la Terre, 06 79 54 37 15, lucie.pinson@amisdelaterre.org

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