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Gaz en Europe : ne nous enfermez pas dans une trajectoire insoutenable

Alors que la société civile européenne est vent debout pour une sortie des énergies fossiles, qu’en France, la lutte contre le projet d’enfouissement de déchets nucléaires à Bure et pour un réel plan de fermeture du parc nucléaire bat son plein, l’Union européenne et les entreprises du gaz projettent pas moins de 77 projets gaziers en Europe. Ces projets aussi inutiles que climaticides sont soutenus au nom de la sécurité énergétique et en adéquation avec la transition énergétique Décryptage.

SORTIR DES ENERGIES SALES POUR UNE TRANSITION JUSTE

Les Amis de la Terre militent pour une transition énergétique et écologique vers des sociétés soutenables fondées sur la sobriété, l’efficacité énergétique et les énergies renouvelables. Notre système énergétique, nous le souhaitons plus démocratique et plus solidaire, décidé par et orienté vers les besoins des communautés locales.

Cette transition implique une sortie mondiale des énergies sales, fossiles, nucléaire, grands barrages, etc. L’exigence de justice sociale, économique et climatique impose que nous ne questionnons la responsabilité des décideurs, entreprises et banques françaises en France mais aussi au niveau international, et en particulier dans les pays du Sud où les acteurs français profitent de l’absence de cadre législatif et réglementaire fort pour privilégier la maximisation des profits aux respects des droits des populations.

Une juste transition au niveau international doit permettre de répondre aux besoins de développement des populations les plus vulnérables, dans une logique d’accès aux droits, tout en relevant le défi de l’urgence climatique. Les défis se déclinent différemment en France et ailleurs.

En France, l’urgence est la sortie du nucléaire et le développement de l’efficacité énergétique et des énergies renouvelables. Au Sud, l’urgence est le développement massif des énergies renouvelables et la redirection des capacités vers les besoins des populations afin de sortir des énergies fossiles sans recourir aux fausses solutions - nucléaire, grands barrages. L’alpha et l’oméga ? La réduction de la consommation énergétique et une économie locale plus sobre en énergie afin de ne pas délocaliser nos émissions ni nous en remettre à des mécanismes de marché et de compensation aussi dangereux qu’inefficaces.

GAS, UNE ENERGIE DE TRANSITION ?

Le charbon étant l’énergie la plus carbonée et pourtant celle la plus consommée au niveau international, il est urgent d’en sortir. Aujourd’hui, la quasi-totalité de nos réserves en charbon doivent rester dans le sol et non seulement nous ne pouvons plus construire de nouvelles capacités charbon mais nous devons même accélérer le rythme de fermeture des centrales si nous voulons limiter la hausse de la température du globe à 1,5°C au-dessus des niveaux pré-industriels. Nous demandons donc à Engie et Edf de fermer leurs dizaines de centrales dans le monde et aux banques de cesser immédiatement tout financement de projet charbon et d’arrêter progressivement ceux aux entreprises actives dans ce secteur.

Mais quid du gaz ? Nombreux sont les acteurs, lobby du gaz en tête et banques publiques et privées en soutien, soutiennent sa qualité d’ « énergie de transition ». Mais que se cache-t-il derrière ce terme ? Si ces derniers se saisissent de ce terme pour justifier la construction de nouvelles infrastructures gazières, pour les Amis de la Terre, il signifie seulement que nous maintenions certaines centrales à gaz actives le temps de sortir du nucléaire ici, du charbon là-bas.

Car il est indispensable de recourir à des énergies non renouvelables tant que celles-ci ne sont pas en mesure de répondre seules à nos besoins variables tout au long de la journée – la transition implique aussi qu’on transforme notre façon de consommer l’énergie - en faisant concilier nos besoins à l’offre énergétique et non l’inverse.

La question est donc « quelle énergie non renouvelable » ? Un critère clé est la flexibilité de cette énergie qui doit être en mesure de pallier les insuffisances énergétiques sans entraver le développement des énergies renouvelables, de l’efficacité énergétique et même les efforts pour la sobriété énergétique. Or, si les turbines à gaz peuvent être actionnées et arrêtées de manière relativement assez rapide, les centrales nucléaires ou à charbon sont faites pour être maintenues en opération. En plus de tous leurs maux connus, le charbon et le nucléaire constituent donc un obstacle à la décarbonisation de nos économies et, y recourir en supplément des énergies renouvelables, en les éteignant et allumant engendrait des grandes pertes d’énergie.

Mais avons-nous pour autant de nouvelles infrastructures gazières en Europe ?

NE PAS CONSTRUIRE DE NOUVELLES INFRASTRUCTURES GAZIERES

De nombreux projets d’infrastructures gazières sont aujourd’hui à l’étude au niveau européen. 77 projets de pipelines d’importation, de réseaux de transmission entre frontières, de terminaux de GNL et d’infrastructures de stockage, ont été retenus parmi les 195 « Projets d’intérêt commun » de l’Union européenne, un programme destiné à soutenir ceux qui aident à remplir les trois objectifs de la politique énergétique européenne.

Ensemble, ils augmenteraient la capacité d’importation de gaz de l’Union européenne de 58%. Cependant, certains projets sont en concurrence et tous ne verront pas le jour. Parmi ces projets, pas moins de 4 nouveaux pipelines, dont le Corridor gazier sud –européen, dit TAP.

Leur justification ? La demande en gaz augmenterait. Une affirmation hautement contestable mais qui ne surprend pas. D’après le récent rapport d’E3G, les institutions européennes et leurs experts ten-dent à surestimer la demande en gaz, comme ces dernières années où ils projetaient sa hausse alors qu’elle a en réalité chuté d’un cinquième entre 2010 et 2014, avec une utilisation que de la moitié de la capacité d’importation en 2014. Concernant l’avenir, une chose est certaine, seuls les scénarios fon-dés sur le respect des engagements climat de l’Union européenne projettent une forte baisse de la demande et des importations de gaz (-29% de demande par rapport aux scénarios qui ne les prennent pas en compte) (1).

Mais de ces projections et de la cohérence avec les autres politiques de l’Union européenne, les développeurs européens n’en ont cure et leur plan de développement du gaz ne prend pas en compte les objectifs énergétiques et climatiques de l’union européenne – au moins 40% (80-95%) de réductions des émissions de GES par rapport à 1990 d’ici 2030 (2050), au moins 27% de renouvelables et au moins 27% d’efficacité énergétique supplémentaire d’ici 2030. Car leur conception de la sécurité énergétique est tronquée, centrée sur l’offr e en totale méconnaissance des mesures peuvent et doivent être mises en place au niveau de la demande.

En réalité, les capacités existantes devraient suffire à répondre à la demande future,. Des nouvelles infrastructures sont non seulement inutiles mais pourraient devenir des stranded assets, des structures non rentables car sous puis non utilisées avant la fin de leur durée de vie.

(1) « More security, lower cost : a smarter approach to gas infrastructure in Europe », E3G, March 2016 : https://www.e3g.org/library/more-security-lower-cost-a-smarter-approach-to-gas-infrastructure-in-europe

Crédit : Mitch Blunt

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