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Assemblée générale de Natixis : la banque méprise les victimes des dérèglements climatiques

Le 28 mai 2019, à Paris - Si Natixis a annoncé une révision de sa politique charbon, la banque s’est surtout illustrée par un total manque de respect à l’égard d’une représentante d’ONG du Mozambique venue en France afin d’obtenir des réponses concernant le soutien de la banque à un projet gazier. Pour les Amis de la Terre France, la banque se voile la face en pensant pouvoir agir contre les dérèglements climatiques tout en continuant de financer le développement de nouveaux projets fossiles.

Les Amis de la Terre France et BankTrack se sont rendus cet après-midi à l’assemblée générale de Natixis, accompagnée d’Ilham Rawoot de l’association Justiça Ambiental, mobilisée au Mozambique contre l’exploitation de champs gazier offshore et le développement de projets de gaz liquéfié (GNL).

Alors qu’Ilham Rawoot avait prévu d’interroger Natixis sur le rôle clé joué par celle-ci dans le financement du projet de plateforme gazière Coral South FLNG [1], elle n’en a pas eu l’occasion. Après avoir bataillé pour obtenir la parole face à la volonté claire de Natixis de ne pas prendre sa question, elle a été huée, insultée par les actionnaires, interrompue par le conseil d’administration, avant que son micro soit coupé sans attendre la traduction.

“Avant même son entrée en opération, le projet soutenu par Natixis, mais aussi par la Banque publique d’investissement Bpi France, BNP Paribas, Société Générale et Crédit Agricole, a déjà causé le déplacement forcé de milliers de personne. J’ai fait le voyage depuis le Mozambique pour leur poser une question simple sur leur responsabilité dans ce désastre en cours. Je souhaitais porter la voix des populations qui sont les victimes directes de l’arrivée des grandes multinationales des énergies fossiles, mais également les victimes des catastrophes climatiques qui font le quotidien des Mozambicains [3]. Non seulement je n’ai pas reçu la réponse que j’étais venue chercher, mais je n’ai pas même reçu la moindre preuve d’écoute ou de respect”, réagit Ilham Rawoot de Justiça Ambiental / Amis de la Terre Mozambique.

Interrogée sur ses financements croissants aux énergies fossiles [4] un peu plus tôt, Natixis a déclaré n’avoir aucune intention d’y mettre fin à court terme, et notamment en ce qui concerne l’industrie gazière. Lorette Philippot, des Amis de la Terre France commente : “Éviter de franchir le seuil critique de 1,5 °C de réchauffement global signifie que nous devons immédiatement cesser de développer les énergies fossiles : cet appel est celui de la communauté scientifique, relayé depuis des mois par les citoyens partout dans le monde. A l’assemblée générale de Natixis, nous nous sommes faites huer par certains, mais aussi remercier par beaucoup. Les banques doivent comprendre qu’il est dans l’intérêt commun comme dans leur intérêt propre d’enrayer cette fuite en avant”.

La banque a cependant annoncé une exclusion des entreprises tirant plus de 25% de leurs revenus ou production d’électricité à partir du charbon, un seuil auparavant établi à 50%. Cette avancée très bienvenue n’excuse en rien le manque de respect dont la banque a fait preuve pendant son assemblée générale. Natixis a également annoncé qu’elle publierait une nouvelle politique charbon plus détaillée en juin 2019. Les Amis de la Terre France l’appellent à y intégrer une exclusion des entreprises développant leurs activités dans le charbon ainsi qu’un engagement à réduire à zéro tout soutien et exposition au charbon dans les temps impartis pour limiter le réchauffement à 1,5 °C maximum [5].

En savoir +

[1] Natixis est intervenue en tant qu’arrangeur pour un financement de 4,7 milliards de dollars sur le projet Coral South LNG. https://www.natixis.com/natixis/jcms/lpaz5_65142/fr/gaz-naturel-au-mozambique-une-operation-de-l-annee-de-c-8md

[2] Les Amis de la Terre France ont publié en début de semaine une note détaillant les impacts du projet et l’implication des acteurs publics et privés français. https://www.amisdelaterre.org/IMG/pdf/note-mozambique-lng-at.pdf

[3] Les impacts des dérèglements climatiques sont largement palpables au Mozambique, qui a connu deux évènements climatiques meurtriers au cours des derniers mois. En mars 2019, la ville de Beira s’est notamment retrouvée rayée de la carte suite aux inondations provoquées par le passage du cyclone Idai.

[4] www.ran.org/wp-content/uploads/2019/03/Banking_on_Climate_Change_2019_vFINAL.pdf

[5] Le scénario Beyond 2 °C de l’AIE stipule que l’intégralité des actifs charbon doit être fermée d’ici 2030 dans les pays de l’OCDE et de l’UE et d’ici 2040 ailleurs, afin de limiter le réchauffement bien en-dessous de 2 °C.

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