Chasse au méthane partie 2 : analyse de la pollution invisible du réseau gazier français
L’enquête de terrain réalisée par les Amis de la Terre et la Clean Air Task Force en avril pointe un problème considérable et persistant : 65% des 57 sites gaziers inspectés présentaient des émissions de méthane, un gaz à effet de serre responsable d’un tiers du réchauffement climatique mondial. Découvrez notre analyse.
Émissions de méthane : enquête sur les pollutions invisibles émises par le réseau gazier
Une enquête de terrain
Dans la partie 1, nous vous présentions notre enquête de terrain et notre parcours sur la route pour détecter les émissions de méthane du réseau gazier.
Cette mission de détection, réalisée dans neuf départements sur des infrastructures exploitées principalement par NaTran et Téréga, constitue la première enquête indépendante menée en France depuis l’entrée en vigueur du règlement européen sur le méthane en 2024. Grâce à une caméra infrarouge spécialisée permettant de visualiser les émissions et fuites invisibles à l’œil nu, nous avons détecté 74 émissions de méthane, dont des fuites jugées suffisamment importantes pour nécessiter un signalement immédiat aux exploitants.
65% des 57 sites inspectés présentaient des émissions de méthane
En chiffres

- Trois quarts des émissions détectées étaient des fuites involontaires, liées à des défauts d’étanchéité ou à des équipements défaillants ; C’est bien plus qu’en Allemagne où les fuites ne représentaient que 10% des émissions constatées par la CATF lors d’une campagne de détection en juin 2025 ;
- Seules 23 fuites sur les 63 observées avaient déjà été identifiées par les exploitants ;
- 74 % des sites NaTran présentaient des émissions, contre 55 % chez Téréga. Cette différence, tout comme certaines disparités départementales, démontre la marge de progrès existante pour les opérateurs. Une partie importante des émissions de NaTran provenait d’équipements conçus pour relâcher du méthane, alors même que des alternatives sans émissions existent et doivent être déployés d’après le règlement européen.
Un scandale climatique, sanitaire et économique
Le secteur énergétique mondial est responsable de plus d’un tiers des émissions anthropiques de méthane, un gaz à effet de serre extrêmement puissant : sur vingt ans, il réchauffe l’atmosphère 84 fois plus que le CO₂. Il contribue également à la formation d’ozone, un polluant responsable de centaines de milliers de morts prématurées chaque année dans le monde.
Au-delà des impacts climatiques et sanitaires, ces fuites représentent aussi un immense gaspillage énergétique : chaque année en France, 4 térawatt-heures de gaz sont perdus sur les réseaux, soit l’équivalent de la consommation de gaz de Marseille et Amiens combinées, pour une valeur estimée à 225 millions d’euros.
Une réglementation européenne à défendre

La France tarde de plus à mettre en œuvre les dispositions de cette réglementation : le régime de sanctions, dont la date butoir était le 5 août 2025, n’a pas été adopté, et plusieurs rapports de transparence sur les émissions des entreprises gazières n’ont pas encore été publiés.
Sortons du gaz : en finir avec la dépendance

Il est d’abord impératif de contraindre les banques françaises à cesser les soutiens aux entreprises actrices de l’expansion de la production et du transport du gaz ou de centrales électriques.
Il est également essentiel de mettre en œuvre une politique ambitieuse et stable pour garantir une sortie du gaz fossile qui ne précarise ni les consommateur·ices ni les travailleur·ses du secteur. Cela signifie, entre autres, de donner les moyens financiers et humains suffisants et stables pour atteindre les objectifs de rénovation des bâtiments et de remplacement des chaudières à gaz mais aussi d’adopter une vision collective et politique de la sobriété, comme le font de nombreuses villes, et ne pas la réduire à des « efforts individuels ».
Les rapports techniques de la Clean Air Task Force par site sont disponibles ici.