usine engrais
Chemical Plant, Wrocław, Poland
Agriculture
5 août 2020Communiqué de presse

Explosion à Beyrouth : les nitrates d’ammonium, fléau d’une agriculture toujours plus industrialisée

L'explosion dans le port de Beyrouth hier vient s'ajouter à une série de catastrophes qui mettent en cause la dangerosité des nitrates d'ammonium. L'addiction de l'agriculture industrielle à ces engrais est un véritable danger public.

L’explosion de 2750 tonnes de nitrates d’ammonium au Liban hier n’est pas sans rappeler la catastrophe qui avait touché la ville de Toulouse en 2001 lors de l’explosion de l’usine AZF qui contenait les mêmes substances.

Les nitrates d’ammonium sont principalement utilisés pour fabriquer des engrais de synthèse dont l’invention remonte au début du XXème siècle, véritable moteur de l’industrialisation de l’agriculture.

Depuis les années 1960, la consommation d’engrais chimiques a augmenté de 800 % dans le monde. La France est le premier consommateur européen de ces substances. Elle est particulièrement friande de « solution azotée », un mélange de nitrate d’ammonium et d’urée.

Ardemment soutenus par les défenseurs du productivisme dans l’agriculture, les engrais chimiques sont en réalité un véritable fléau pour notre environnement et notre santé : ils nécessitent d’énormes quantités d’énergies fossiles pour leur fabrication et contribuent fortement à la crise climatique, ils sont à l’origine de pollutions de l’eau comme le phénomène des algues vertes mais aussi de pollutions de l’air en favorisant l’apparition de particules fines.

Les risques associés à leur fabrication sont régulièrement mis en avant. En France, les sites de production utilisant des nitrates d’ammonium sont classés Seveso seuil haut, tout comme l’était l’entreprise Lubrizol. Pour autant, on dénombre de multiples mises en demeure de l’Etat à l’encontre des producteurs d’engrais chimiques qui s’affranchissent tous des réglementations en vigueur.

“Le leader mondial des engrais, Yara, implanté dans les régions du Havre, de Saint-Nazaire ou encore de Bordeaux, a ainsi fait l’objet de pas moins de 11 mises en demeure depuis 2015 ! Comment ne pas s’inquiéter de la capacité de stocker des dizaines de milliers de tonnes de produits à base de nitrates d’ammonium à proximité de Bordeaux par une multinationale qui ne respecte pas la réglementation et pour laquelle l’État fait preuve de largesses?”, déclare Anne-Laure Sablé, chargée de campagne agriculture aux Amis de la Terre.

Cette nouvelle catastrophe rappelle une nouvelle fois l’urgence absolue de s’affranchir de notre dépendance à ces substances en redéployant une agriculture moins gourmande en intrants chimiques.