Société Générale, plein gaz sur les fossiles
Surproduction
22 août 2020Communiqué de presse

Jour du dépassement : la crise écologique toujours d’actualité

Ce samedi 22 août, nous avons épuisé les ressources naturelles que les écosystèmes sont capables de produire en une année ainsi que la pollution qu’ils sont capables d’absorber. Les stratégies de relance économiques post COVID 19 à l’international et en France aggravent encore ce phénomène.

La multiplication des événements climatiques extrêmes aux quatre coins du globe illustre l’urgence qu’il y a à sortir d’un modèle productiviste nourri notamment par la dette sur les marchés financiers.

Depuis les années 80, le jour annuel du dépassement des capacités de production et d’absorption des pollutions des écosystèmes ne cesse d’avancer : atteint le 24 décembre en 1971, il est franchi cette année dès le 22 août. En quarante ans, le seuil annuel de surexploitation des ressources naturelles a avancé de six mois.

Les impacts de ce dépassement sont multiples. Le dérèglement climatique et son cortège de canicules, sécheresse, inondations, ouragans, qui ont et auront des conséquences catastrophiques sur la subsistance de plus d’1 milliard de personnes, est directement lié aux quantités astronomiques de ressources naturelles et fossiles que nous extrayons. La surexploitation des écosystèmes provoque également l’érosion rapide de la biodiversité et l’entrée dans la sixième extinction de masse.

Certains diront que le recul de quelques jours du jour du dépassement, provoqué par la pandémie de coronavirus, est une victoire. Mais si la crise sanitaire a imposé un coup de frein brutal au système, son fonctionnement structurel reste inchangé. Pire, les Gouvernements cherchent désormais à produire encore plus qu’avant la crise pour relancer la machine économique et rembourser leurs dettes. Pour sa relance à marche forcée, la Chine mise désormais sur plus de projets de nouvelles centrales à charbon que sur les années 2018 et 2019 réunies 1. Les feux de forêts reprennent en Amazonie brésilienne, provoqués par l’expansion de la culture du soja que le monde entier, y compris la France, continue d’importer pour l’élevage 2.

Le Gouvernement français qui va investir 30 milliard dans le développement de technologies vertes 3 mise dans le même temps sur des niveaux de commercialisation de biens et de services supérieurs à ceux d’avant crise pour rembourser la dette exceptionnelle qu’elle a contracté auprès des marchés pour faire face au COVID-19, sans augmenter les impôts 4. Cela revient à réduire les gains d’émissions des technologies vertes à néant, puisque les biens et services importés représentent déjà plus de la moitié de émissions totales du pays. Rappelons que les niveaux de mises en marché atteignent déjà des niveaux délirants dans le textile avec plus de 39 vêtements par habitant mis sur le marché chaque année, ou que chaque année nous importons entre 3,5 et 4,2 millions de tonnes de soja.

L’augmentation de notre empreinte écologique mondiale est une tendance de long terme qui ne pourra être stoppée que par un changement systémique dans nos modes de production et de consommation.

Alma Dufour, chargée de campagne surproduction aux Amis de la Terre France conclut : “L’atteinte du jour du dépassement bien avant décembre nous rappelle que le bref répit environnemental provoqué par la pandémie, ainsi que les débats autours de quelques mesures clés de la Convention Citoyenne pour le climat, ne doivent pas faire oublier que la crise écologique continue de s’aggraver. Nous n’en sortirons que si les Etats décident de mettre fin au modèle économique et financier qui les pousse à toujours d’avantage de surproduction, notamment pour rembourser leur dettes, quel qu’en soit le coût pour l’environnement. »

Notes
1

Les Echos, Sourde à l’urgence climatique, la Chine mise sur le charbon pour relancer son économie

 

2

Actu-environnement, Incendies en Amazonie : greenpeace fustige les importations françaises de soja, 21 août 2020

3

C’est la somme que le Gouvernement  s’est engagé à consacrer aux technologies et solutions vertes dans le cadre du plan de relance de 100 milliards supplémentaires de la rentrée. Si les arbitrages ne sont pas encore définitifs, le gros de ces sommes iraient notamment à la rénovation énergétique des bâtiments et au développement de la filière hydrogène.

4

Le Gouvernement s’étant engagé à ne pas augmenter les impôts notamment sur le revenu, la solution qu’il reste est d’augmenter non le taux mais l’assiette de la TVA sur les biens et services, d’ores et déjà l’impôt générant le plus de rentrée d’argent public, par une consommation accrue.