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Finance
Communiqué de presse11 décembre 2017

Noir Dessein, les banques françaises financent toujours plus de charbon

Dans une note publiée ce matin, les Amis de la Terre et leurs partenaires appellent les banques françaises à revoir immédiatement leur approche du désinvestissement en excluant les entreprises dès qu’elles prévoient de se développer dans les secteurs très carbonés. Ils pointent du doigt l’insuffisance des politiques actuelles des banques sur le charbon: 10 milliards de financements ont été accordés depuis 2014 par Société Générale, BNP Paribas, Crédit Agricole, et BPCE aux 120 entreprises qui prévoient la construction de nouvelles centrales à charbon pour une capacité totale de 550 MW. Entre 2015 et 2016, ces financements ont augmenté de 135%.

Dans une note de presse intitulée “Noir Dessein, les banques françaises financent toujours plus de charbon” (1), les Amis de la Terre France, en partenariat avec 6 autres organisations, révèlent que les 4 grandes banques françaises ont accordé 10 milliards de dollars de financements aux 120 entreprises qui planifient, à elles seules, de développer 550 GW, soit les ⅔ des plus de 800 GW de charbon programmés dans le monde. 1600 nouvelles centrales à charbon sont encore prévues et la capacité des projets des 120 entreprises équivaut à la capacité totale des centrales à charbon de l’Inde, des Etats-Unis et de l’Allemagne réunis.

Force est de constater que les financements de Société Générale, BNP Paribas, Crédit Agricole, et BPCE à ces entreprises ont augmenté de 135% entre 2015 et 2016 malgré l’entrée en application des politiques adoptées par les banques en amont de la COP21 et renforcées en 2016 et 2017 (2) .

Lucie Pinson, chargée de campagne Finance privée aux Amis de la Terre France, commente :

Un changement d’approche dans le désinvestissement est urgent ! Malgré des avancées, les banques françaises financent toujours plus de charbon, une incohérence majeure avec l’esprit des politiques qu’elles ont adopté visant à réduire leurs soutiens à ce secteur. La faute revient à des critères d’exclusion insuffisants qui n’excluent pas automatiquement les plus gros acteurs du secteur ni même les entreprises qui construisent de nouvelles centrales à charbon ! Ces entreprises ne s’inscrivent certainement pas dans une trajectoire de transition, quels que soient leurs plans de développement dans les énergies renouvelables ! Les banques doivent donc les exclure immédiatement de leurs soutiens ”.

Parmi les 10 entreprises les plus soutenues par les banques françaises se trouvent les allemandes RWE et Uniper qui prévoient à elles deux encore 2700 MW de nouvelles capacités charbon en Union européenne, mais aussi la sud-coréenne KEPCO et la japonaise Marubeni. Ces dernières se placent aux rangs 10 et 11 des plus gros développeurs de centrales à charbon, avec chacune autour de 14 GW de nouvelles capacités charbon prévues. Ces entreprises comptent parmi les plus agressives en terme de développement de nouvelles centrales à charbon (3).

Yann Louvel, coordinateur de la campagne climat-énergie de BankTrack, poursuit :

« Les entreprises chinoises étant en tête des développeurs de centrales à charbon, on retrouve les banques chinoises en haut du classement des banques. Les banques françaises figurent dans les 40ème-50ème au classement général, mais elles jouent un rôle plus important et sont dans le top 20 pour ce qui concerne les prêts, Société Générale étant même dans le top 10 avec 2,2 milliards » (4).

En plus du seuil de 30% d’exclusion retenu par de nombreux acteurs financiers, dont Allianz ou le Fonds de pension norvégien, les ONG demandent aux banques d’exclure de leurs soutiens toutes les entreprises qui prévoient de nouvelles centrales à charbon ainsi que celles qui ont une capacité installée supérieure à 10 GW.

« Au-delà du charbon, il est grand temps que les banques mettent un terme d’ici 2018 à leurs soutiens aux projets et entreprises actives dans les énergies fossiles extrêmes – sables bitumineux, gaz et huile de couche, gaz de schiste, terminaux GNL, forages en Arctique et eaux profondes. BNP Paribas à répondu à cette urgence mais les autres traînent derrière : les mesures récemment annoncées par Crédit Agricole sont cosmétiques et ne garantissent pas même l’absence de soutiens aux nouveaux projets de pipelines de sables bitumineux aux États-Unis. Société Générale fait encore pire en n’ayant pris aucun engagement sur ces secteurs et en étant directement impliquée dans le projet de terminal d’exportation de gaz de schiste Rio Grande LNG (5)» conclut Lorette Philippot, chargée de mission Finance privée aux Amis de la Terre France.

Les chiffres clés :

  • 1600 nouveaux projets de centrales à charbon prévus dans le monde, pour une capacité totale de plus de 800GW ; si construits, ils augmenteraient la capacité installée globale de plus de 42%.
  • 120 entreprises portent les deux tiers de la capacité totale prévue : les projets qu’elles prévoient ont une capacité totale de 550GW, l’équivalent du parc de centrales de l’Inde, des Etats-Unis et de l’Allemagne réunis.
  • 630 milliards de dollars de financements par les banques internationales aux 120 entreprises qui prévoient 550GW de nouvelle capacité charbon entre janvier 2014 et septembre 2017.
  • Les banques françaises ont accordé 10 milliards de financements aux 120 entreprises depuis 2014. Ces financements sont délivrés sous forme de prêts et d’émissions d’actions et obligations.
  • Les banques françaises sont dans le top 20 des plus gros prêteurs ; Société Générale dans le top 10.
  • Les financements des banques françaises aux 120 entreprises ont augmenté de 135% entre 2015 et 2016.
  • Deux exemples d’entreprises financés par les banques françaises :
    • Uniper qui prévoit deux nouvelles centrales à charbon en Europe et à qui Société Générale et BNP Paribas ont accordé 332 millions de dollars de financements chacun en 2016,
    • KEPCO et Marubeni qui comptent parmi les plus gros développeurs au monde ; ils sont chacun impliqués dans des projets pour une capacité totale d’environ 14 GW, dans plusieurs pays, certains avec pas ou peu de capacité charbon. Crédit Agricole a accordé 305 millions de dollars de financements à Marubeni au cours des 2 dernières années, et 742 millions de dollars à KEPCO en 2017. BNP Paribas 100 millions de dollars. Société Générale et BNP Paribas ont accordé à KEPCO 332 millions de dollars de financements chacun en 2016.

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