Forages offshore - pétrole
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Climat-ÉnergieFinance
23 avril 2020

Un chèque de 20 milliards d’euros aux grands pollueurs, sans condition

Le projet de loi de finances rectificative 2020 met à disposition 20 milliards d’euros pour le sauvetage de grandes entreprises dites “stratégiques”, telles qu’Air France, Renault ou le parapétrolier Vallourec

[Mise à jour] Dans la nuit du 22 au 23 avril, le Sénat a refusé d’imposer aux grandes entreprises des conditions environnementales strictes pour leur recapitalisation par l’État. En savoir plus

[Mise à jour] Samedi 18 avril, dans le cadre du vote sur le projet de loi de finance rectificative à l’Assemblée Nationale, le gouvernement et les député·es de la majorité ont refusé de conditionner l’aide financière, en cas de recapitalisation d’entreprises polluantes, à un changement en profondeur de leur modèle économique. En savoir plus.

Les Amis de la Terre France, Greenpeace France et Oxfam France s’alarment qu’aucune condition ne soit posée au versement de ces aides publiques, alors qu’elles pourraient renflouer des entreprises polluantes, qui contribuent fortement au dérèglement climatique.

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Alors qu’il est en position d’imposer des transformations fortes des secteurs qu’il renfloue, le gouvernement choisit la voie du “business as usual”, comme si l’urgence climatique n’existait pas. Hier, un amendement déposé par Matthieu Orphelin et 10 autres député-es demandant des contreparties à l’augmentation des participations de l’Etat dans de grandes entreprises a été rejeté en commission des finances.1

L’état d’urgence climatique a pourtant été voté en septembre dernier : ce budget rectificatif pourrait être une nouvelle preuve qu’il s’agit de paroles en l’air.

Cécile Marchand

Pas un euro d’argent public ne doit être versé aux entreprises polluantes sans exiger de stratégie de réorientation massive de leurs activités et de transition juste pour leurs salarié-es. Soutenir à bout de bras et sans condition des multinationales qui devront de toute façon se transformer, c’est rendre leurs salarié-es encore plus vulnérables aux prochaines crises

Cécile Marchand
Chargée de campagne Finance publique

Le sauvetage inconditionnel d’entreprises responsables de l’urgence climatique est tout simplement dangereux pour l’avenir des populations. En choisissant cette réponse à la crise économique, le gouvernement démontre qu’il ne prend toujours pas au sérieux la question écologique, c’est-à-dire le monde d’après. Pire, il prend prétexte de cette crise sanitaire pour blanchir son alliance indéfectible avec les lobbies, au moment où les citoyen-nes réclament au contraire une société résiliente et des lendemains tournés vers l’intérêt général.

Les ONG demandent aux député-es qui affirment préparer “le Jour d’Après” de prendre des mesures qui profitent réellement aux plus vulnérables, non plus à une minorité privilégiée.  Pour cela, le soutien de l’Etat doit avoir pour seuls objectifs le maintien de l’emploi et la transition écologique. C’est pourquoi toute montée au capital de l’Etat dans une entreprise  devrait être soumise à une obligation de réduction d’émissions de gaz à effet de serre alignée avec les objectifs de l’Accord de Paris, au non-versement de dividendes et à une limitation stricte des hauts salaires.

La crise doit être l’occasion de rebâtir un monde plus égalitaire et plus soucieux de son environnement, dans lequel l’Etat conditionne les aides aux grandes entreprises à des mesures visant à protéger les plus vulnérables et à investir dans la transition écologique. Personne ne comprendrait aujourd’hui que l’on fasse un chèque en blanc à des modèles économiques qui nous amènent dans le mur.

Agissons ensemble en interpellant les député.es sur Twitter :