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Magnifique mobilisation à Notre-Dame-des-Landes !

Une très belle réussite ! C’est ce qui restera de cette journée de mobilisation du 17 novembre 2012 contre le projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes. Même en étant optimiste, je n’aurais pas pensé qu’il soit possible de mobiliser plusieurs dizaines de milliers de personnes de la France entière pour une manifestation de réoccupation… en moins de deux semaines !!!

Mais comme je le disais justement il y a deux semaines, la solidarité face aux expulsions violentes s’est répandue comme une traînée de poudre et j’ai pu moi aussi monté dans un bus affrété par la Confédération Paysanne d’Ardèche à Valence, direction Notre-Dame-des-Landes ! Un voyage de nuit qui m’a rappelé l’épopée de Copenhague, en 2009, pour laquelle les Amis de la Terre France avaient affrété un train de plusieurs centaines de personnes, rien de moins ! Mais la nuit de car fut moins intense que la folie de Copenhague eheheh…

A l’arrivée, surprise de ne voir « que » deux ou trois voitures de gendarmes qui ont choisi de se faire très discrets, malgré les rumeurs de contrôle qu’on avait eu dans le bus, une très sage décision vu la marée humaine qui s’est présentée sur le site et les risques énormes qu’aurait impliqué une présence policière… Il n’y avait pourtant pas énormément de monde autour de l’église vers 10h30, mais c’était parce que le cortège s’était déjà constitué plus au sud à partir de la mairie, en face de laquelle on pouvait constater la présence impressionnante des voitures et camions des médias nationaux, et sur laquelle on ne pouvait surtout plus bouger d’un pouce tant la densité de population était importante !

J’en profite pour réserver un sac offert par l’ACIPA et préparé pour tous les comités de soutien de France, dont le nôtre à Crest. Plaisir également de retrouver dans la foule des têtes connues d’un peu partout, des Amis de la Terre, de Paris, du plateau de Millevaches et d’ailleurs. C’est pratique ces grands rassemblements et ça favorise la sociabilité : quand on arrive pas à se voir ni à Paris, ni chez les uns ou chez les autres, il suffit d’attendre la prochaine grosse connerie du gouvernement, quel qu’il soit, et on est sûr de se retrouver à la manif de soutien suivante. Ca avait déjà été le cas il y a quelques années suite à l’affaire Tarnac, dont on sait ce qu’elle est devenue… Pensons ainsi à tous nos gouvernements successifs depuis des décennies qui ont certainement permis à des soixante-huitards éloignés géographiquement de se revoir régulièrement toute leur vie, car il y en a eu des conneries, et ça continue plus que jamais !-)

Le départ de la manif peu après 11h a été particulièrement marquant avec tous ces tracteurs chargés de matériels divers et variés dans leurs remorques, des planches de bois, des palettes, des sacs de toutes sortes, un joyeux bordel, sur lesquels étaient juchés des dizaines de personnes qui se faisaient acclamées par la foule… un petit parfum de moment révolutionnaire comme on peut en lire dans certains livres d’histoire ahahah !

J’ai fait une partie de la manifestation avec la délégation des Amis de la Terre et c’est seulement une fois en pleine campagne que j’ai pris conscience de l’ampleur de la mobilisation, quand au détour d’un carrefour on ne voyait que marée humaine devant, marée humaine derrière, et qu’à l’occasion d’une pause casse-croûte sur le bas-côté de la route pendant plus d’une demi-heure, nous avons réintégré le cortège comme si de rien n’était alors que nous n’étions pas partis en tête ! Je suis ainsi arrivé sur le site final plus de deux heures après d’autres amis, et alors que des centaines de personnes faisaient déjà demi tour pour rejoindre leurs bus et rentrer chez elles, le parcours faisant environ 5 kilomètres aller, donc 10 retour.

Une fois sur le site, confirmation avec du monde partout, partout, partout, sous les chapiteaux, dans les bois alentours, ça grouillait de partout ! Je commençais à me demander comment tout ce beau monde pouvait bien être utile à la « réoccupation » du site et à la « reconstruction » quand j’ai découvert puis rejoint les chaînes humaines qui s’étaient constituées en plein bocage : plusieurs centaines de personnes alignées qui faisaient passer le contenu amené par les tracteurs sur les plus gros chemins, jusqu’au site de construction des maisons en bois sur une aire qui venait d’être défrichée. Impressionnant ! Ces chaînes n’auront pas permis d’occuper les dizaines de milliers de personnes présentes sur le site, mais certainement d’accélérer le travail avec deux maisons de taille respectable qui étaient en bonne voie de construction après à peine une journée de travail !

Je retiendrai de cette journée le ridicule des autorités qui, si elles ont bien fait de ne pas se manifester, se sont rattrapées en annonçant 2000 (chiffre repris par France Inter à 13h) puis 13 500 manifestants, dont 4500 seulement auraient défilé !-) mais aussi et surtout la diversité de ce cortège, où l’on pouvait trouver toutes les générations et de nombreux types d’engagements divers et variés, des anarchistes aux politiques en passant par les associatifs, ce qui n’a pas manqué de créer des tensions. Un tract a en effet été distribué en début de manifestation appelant aux « récupérateurs de toutes les couleurs, (d’)aller se faire voir ailleurs » en ciblant Europe Ecologie Les Verts, et j’ai même vu devant moi des militants d’EELV avec leurs drapeaux se faire envoyer des mottes de terre dessus par des clowns activistes ! Tension qui s’explique notamment par le happening médiatique de José Bové et Eva Joly vendredi qui a irrité au plus haut point les zadistes, habitants de la Zone A Défendre. Et on peut les comprendre quand on voit le traitement médiatique de l’événement aujourd’hui où la parole est donnée en grande majorité aux seuls politiques qui étaient présents, de José Bové à Jean-Luc Mélenchon en passant par Olivier Besancenot, même si ces soutiens sont utiles dans la lutte face à l’entêtement du couple exécutif sur ce dossier. Un souvenir au passage du Camp Action Climat de 2009 à cet endroit même, auquel j’avais participé, où les mêmes tensions s’étaient fait sentir, y compris avec les journalistes.

Le retour à Notre-Dame-des-Landes de nuit fut plus frais mais bien sympa avec la gagne de dromardéchois qui s’étaient rassemblés pour rentrer au bercail. Juste le temps de constater que Christine avait récupéré le sac de l’ACIPA contenant plein de docs, tracts, badges et autocollants pour notre comité de soutien local, et c’était déjà l’heure de repartir en essayant de n’oublier personne, et en récupérant au passage ceux qui avaient été abandonnés par les 3 autres bus rhônalpins à destination de Lyon et Grenoble qui ne les avaient même pas attendus !

Bref, une belle journée de mobilisation où la météo fut avec nous avec pratiquement pas de pluie et une douceur exceptionnelle… et pas un brin de vent ! Cette journée consacre clairement le nouveau caractère d’ »enjeu national » qu’a pris le projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes depuis le début des expulsions il y a un mois, un dossier qui est devenu incontournable et sur lequel le gouvernement sera jugé, et il y a fort à parier que la mobilisation va encore s’amplifier dans les mois à venir si de nouvelles expulsions ont lieu comme on peut s’y attendre… Sauf qu’en l’absence de toute échéance électorale avant 2014 et un Jean-Marc Ayrault qui ne veut pas perdre la face, c’est un beau bourbier qui attend le gouvernement car au point où en sont rendus les choses, je ne pense pas que les travaux puissent démarrer en 2013 comme prévu… Merci encore à la Conf’ d’Ardèche d’avoir permis aux dromardéchoises de se rendre sur place et s’il faut y retourner, nous y retournerons ! NO DECOLARAN !

YANN LOUVEL

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