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2 novembre 2020

Accord UE – Mercosur : la lutte continue

La présidence allemande de l’Union européenne avait fait de la ratification de l’accord de libre-échange avec les pays du Mercosur une priorité, c'est raté ! Nous devons aujourd'hui maintenir la pression et déjouer tous les subterfuges politiciens visant à imposer un accord nuisible à l’environnement et aux populations.

L’accord UE-Mercosur (bloc formé de l’Argentine, le Brésil, le Paraguay et l’Uruguay) est comme une saga, dans la lignée d’une mauvaise telenovela interminable. Négocié depuis vingt ans, il a été très décrié pour son impact sur l’agriculture et la déforestation en Amazonie. Mais sa portée va bien au-delà. Les services, les marchés publics ou les règles sur la propriété intellectuelle, qui affectent les médicaments et les semences, seraient aussi libéralisés, ce qui fait de lui un accord global, dont les conséquences seraient néfastes dans de nombreux domaines.

Si ses soutiens pensaient pouvoir sabrer le champagne en juin 2019, lorsqu’une entente avait été trouvée entre les parties, un an plus tard, quelques rebondissements ont ébranlé le scénario espéré.

Mobilisons-nous !

Mobilisons-nous dans le cadre de la semaine de pression européenne contre cet accord à partir du 2 novembre, en amont de la réunion du Conseil européen du 9 novembre :

  • 2 novembre : Lancement d’un outil en ligne d’interpellation d’Emmanuel Macron, Jean-Yves Le Drian, Franck Riester et Clément Beaune (voir ci-dessous)
  • 6 et 9 novembre : Journées européennes d’action sur les réseaux sociaux avec le hashtag #StopEUMercosur et ces visuels
  • Faisons adopter la résolution “Non au Mercosur / Oui à la relocalisation” à nos collectivités locales (mairies, conseils généraux, conseils régionaux) et informons la presse régionale de l’initiative.

Kit de mobilisation à télécharger ici

Où en est-on ?

Coup de tonnerre à Bruxelles le 6 octobre dernier, le Parlement européen se prononce contre l’accord “en l’état”. Si ce vote est de nature non-contraignante, il s’inscrit à la suite d’une année de controverses où la France, l’Allemagne, l’Irlande, les Pays-Bas, la Wallonie ou l’Autriche ont aussi émis des réserves contre l’accord “en l’état”, appelant à des garanties du gouvernement brésilien en matière environnementale, notamment concernant la déforestation.

Si ces déclarations des Etats-membres ne sont pour l’instant pas traduites en un refus clair et net au niveau du Conseil européen, qui aura le dernier mot, elles illustrent clairement un revirement sociétal. 89% des personnes interrogées en France veulent que l’accord soit stoppé, et neuf Français·es sur dix souhaitent une relocalisation des activités, au grand dam des chantres d’une mondialisation néolibérale qui n’a fait qu’accroître les inégalités et aggraver la crise climatique. Le président français et le gouvernement doivent donc cesser de faire semblant et se mettre à agir, vraiment.

D’autant plus que la commission d’experts, mandatée par le gouvernement pour évaluer les impacts de l’accord, a rendu un verdict sans équivoque : hausse annuelle de la déforestation de 25% pendant six ans, entrée sur le marché européen de denrées produites avec des pesticides interdits en Europe, risque d’affaiblissement des standards environnementaux et sanitaires européens, faible apport économique sans commune mesure avec les dégâts sur le climat et la biodiversité.

Maintenons la pression !

Aujourd’hui plus que jamais, nous devons continuer à mettre la pression sur les décideur·ses politiques. Nous avons d’ores et déjà gagné une bataille : l’accord ne sera pas ratifié d’ici la fin de l’année.

Mais ses partisan·es n’ont pas dit leur dernier mot. La Commission européenne travaille en ce moment même sur un texte afin d’obtenir du Brésil certaines exigences environnementales. Encore faudra-t-il convaincre le président Bolsonaro. Mais ne soyons pas dupes ! Si nous devons tirer un enseignement de l’histoire des accords de libre-échange modernes, c’est qu’un document annexe en marge d’un traité ou quelques modifications cosmétiques d’ordre technique ne changent pas la nature même de ces accords, qui sont, par essence, nuisibles. Depuis trente ans, cette stratégie se répète sans cesse dès lors que des controverses apparaissent, et n’a jamais rien changé en substance. Demandez aux millions de Mexicain.es qui ont perdu leur emploi depuis la mise en place de l’ALENA (Accord de Libre-Echange Nord-Américain) en 1994.

Le problème ne vient pas de tel président ou de tel article du traité. Le vrai problème se situe dans un modèle de société dont nous ne voulons plus. Il est temps de mettre un terme au dogme néolibéral qui met les humains et l’environnement au service d’une poignée de privilégié·es. Et la prochaine étape passe par le rejet pur et simple de l’accord de libre-échange entre l’Union européenne et le Mercosur.