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Climat-Énergie
Communiqué de presse4 novembre 2021

COP26 : une recherche inédite dévoile les dangereux plans d’expansion de l’industrie pétrolière et gazière

Ce matin à la COP26, l’ONG allemande Urgewald et 20 partenaires internationaux dont Les Amis de la Terre France et Reclaim Finance publient la Global Oil and Gas Exit List (GOGEL), première base de données publique et exhaustive sur l’industrie pétrolière et gazière.

Ils révèlent que contrairement aux appels répétés des scientifiques, de l’Agence internationale de l’énergie (AIE) et des Nations unies, 95 % des producteurs de pétrole et gaz explorent ou prévoient de développer de nouvelles réserves d’hydrocarbures. Les ONG appellent le gouvernement français et les acteurs de la Place financière de Paris à se saisir de cet outil inédit pour mettre fin à tout soutien à l’expansion des énergies fossiles.

La Global Oil and Gas Exit List analyse les activités et les plans d’investissement de 887 entreprises pétrolières et gazières, responsables au total de près de 95 % de la production mondiale d’hydrocarbures. Cette recherche approfondie fait état des plans d’expansion à très hauts risques de l’industrie fossile : 

  • 95 % des producteurs de pétrole et de gaz explorent ou prévoient de développer de nouvelles réserves d’hydrocarbures ;
  • Cette nouvelle production repose à 50 % sur l’exploitation de ressources de pétrole et gaz non-conventionnels ;
  • Le développement du secteur est aussi nourrit par une myriade de nouveaux projets d’infrastructures de transport : 211 849 km d’oléoducs et gazoducs sont actuellement en cours de développement, soit la moitié de la distance qui nous sépare de la lune ; les projets de terminaux de gaz liquéfié actuellement prévus doubleraient la capacité mondiale de GNL.

Parmi les expansionnistes les plus agressifs, on retrouve les majors pétrolières et gazières et notamment TotalEnergies. Aujourd’hui déjà 11ème plus gros producteur d’hydrocarbures de la planète, la multinationale française est la 1ère à développer sa production de pétrole et gaz en Europe et la 7ème au niveau mondial. Plus de 32 % de cette nouvelle production est en outre prévue dans des secteurs à impacts extrêmes sur l’environnement, comme les forages en Arctique ou en eaux très profondes.

Pour Lorette Philippot, chargée de campagne aux Amis de la Terre France : “Alors que le développement de toute nouvelle réserve d’hydrocarbures représente une violation directe de l’Accord de Paris, le diagnostic posé par la Global Oil and Gas Exit List est glaçant. Nous avons désormais la preuve que la quasi-totalité de l’industrie œuvre activement à nous faire franchir des seuils d’emballement climatique critiques. Nous détenons la liste des coupables : 887 entreprises des énergies fossiles au total, mais 15 multinationales – dont TotalEnergies – qui concentrent à elles seules plus de 50 % de l’expansion de la production pétro-gazière prévue à court terme. Nous devons appliquer à la lettre une priorité sans appel : mettre cette liste noire d’entreprises climaticides hors d’état de nuire en cessant immédiatement de les soutenir financièrement.”

Malgré les avertissements répétés de la communauté scientifique et de l’AIE 1 , malgré les recommandations de l’ACPR et de l’AMF 2  et celles du Comité scientifique de l’Observatoire de la finance durable 3, Bruno Le Maire a fait l’impasse sur le développement des énergies fossiles à l’occasion du Climate Finance Day la semaine dernière 4. Il a glissé sous le tapis sa commande passée au secteur financier de sortir des hydrocarbures non-conventionnels. En conséquence, à l’exception de la Banque Postale 5, l’Ircantec et la MAIF, les gros acteurs de la Place de Paris n’ont toujours pas pris de mesures pour cesser de soutenir l’expansion pétro-gazière, y compris dans les secteurs les plus nocifs pour l’environnement 6. Souvent invoqué : le manque de données accessibles et disponibles pour adopter des politiques d’exclusion robustes. 

Pour Alix Mazounie, chargée de campagne à Reclaim Finance : “Il sera désormais très facile pour les banques, assureurs et investisseurs de faire le tri entre le greenwashing et les vrais plans de transition des entreprises pétro-gazières. Il n’y a plus d’excuse valable pour continuer à soutenir les entreprises qui s’obstinent à développer des nouveaux projets pétroliers et gaziers à rebours des impératifs climatiques. Étant donné que la GOGEL recense aussi tous les producteurs et développeurs d’hydrocarbures non-conventionnels, Bruno Le Maire a un outil clé en main pour imposer au secteur financier la stratégie de sortie des hydrocarbures non-conventionnels qu’il appelait de ses vœux il y a un an.” 

Alors que la Global Coal Exit List (GCEL) lancée en 2017 a permis d’accélérer la sortie de la Place de Paris du charbon, à peine publiée la GOGEL commence à son tour à s’imposer comme une référence pour les acteurs privés comme pour les régulateurs français.  Plusieurs établissements – dont La Banque Postale, Crédit Mutuel et AXA – incluent d’ores et déjà la GOGEL dans leurs politiques pétrole et gaz 7. Le Comité scientifique de l’Observatoire de la finance durable ainsi que l’ACPR et l’AMF s’appuient également sur la GOGEL dans leurs travaux d’évaluation et de recommandation.

Global Oil and Gas Exit List disponible sur www.gogel.org 

Voir le dossier de presse des Amis de la Terre France et Reclaim Finance “COP26 : la finance française face à l’expansion pétrolière et gazière”

Notes
5

Les Amis de la Terre France, Reclaim Finance et Oxfam France, La Banque Postale, 1ère banque à dire non à l’expansion pétro-gazière.

 

7

Au moins six acteurs financiers français prévoient de s’appuyer sur la Global Oil and Gas Exit Liste pour appliquer leur politique pétrole et gaz : AXA, Crédit Mutuel, La Banque Postale, l’Ircantec, ODDO, SCOR. Le rapport ACPR et AMF publié le 26 octobre fait également plusieurs fois référence à la GOGEL. Dans son avis rendu le 22 septembre, le Comité scientifique et d’expertise de l’Observatoire de la finance durable fait également référence à la GOGEL dans la liste d’indicateurs de suivi.